«Une maison individuelle», prévient-il au téléphone. Insolite, plutôt. Passé le portail métallique, la cour intérieure de Pierre Henry a des murs analogiques, collés de fils en zinc, de transistors et de batteries. «Ce sont mes tableaux, une manière de graphisme sonore.» Le compositeur parisien, né en 1927, attend derrière une console où mille potentiomètres s'agitent. Son assistante - depuis vingt-six ans - ajuste les silences sur une œuvre de 1963. Petit homme blanchi, en uniforme carrelé et lunettes ovales, Pierre Henry peaufine ses variations pour le concert de demain. Erik Truffaz est passé plus tôt.

«En 2000, Erik m'avait demandé le remix d'un de ses morceaux pour un disque. Nous ne nous sommes pas quittés. Il prétend qu'il écoute mes variations depuis son adolescence. De mon côté, j'ai toujours été gourmand du jazz. J'aime par exemple Dizzy Gillespie, son fourmillement atonal.» Père de la musique électronique selon certains, pape de l'électro-acoustique pour la plupart, Pierre Henry a préparé à notre intention, sur un morceau de papier, le procès-verbal de ses plus récentes performances en Suisse. 1998, 15 dates aux Beaux-arts. Et puis, le Montreux Jazz Festival, dans une revisite tonitruante de la 10e Symphonie de Beethoven.

Elève d'Olivier Messiaen, le compositeur a vu son œuvre annexée par la génération des musiques synthétiques et des dancefloors. Sans qu'il ne songe à s'en offusquer. Il apparaît donc, outre lors de ses concerts à domicile, en toutes occasions grandioses et pyrotechniques, derrière une table de mixage dirigeant une centaine de haut-parleurs. «Une façon pour moi de rester vivant, par tous les moyens.» D'Erik Truffaz, Pierre Henry attend qu'il y ait conversation avec sa pièce. «Depuis ma Messe pour le Temps présent, je préconise une ouverture vers les musiques populaires. Je ne me résous pas à figer mon travail. Avec Erik, nous sommes très satisfaits du mariage entre le granuleux et le lisse.»