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Le lancement est prévu cette année, six ans après le démarrage du projet, réunissant 11 partenaires européens et cofinancé à hauteur de 50 millions d’euros par l’ESA, l’Agence spatiale européenne.
© Adrian Moser ©

Espace

Chez Ruag Space: «Le satellite Cheops ouvre d’autres voies à la Suisse»

Le télescope chargé d’analyser les exoplanètes fait partie des programmes dits modestes de l’Agence spatiale européenne. 
L’occasion pour la Suisse de devenir une référence pour les satellites de petite taille, estime le patron de Ruag Space Peter Guggenbach

Tout le gratin des astrophysiciens suisses était là, réuni lundi près de Zurich sous l’impulsion du Bernois Willy Benz. C’est lui qui a piloté la construction du satellite Cheops, acronyme anglais pour satellite de caractérisation d’exoplanètes, qui comme son nom l’indique, analysera des planètes situées hors du système solaire. Le lancement est prévu cette année, six ans après le démarrage du projet, réunissant 11 partenaires européens et cofinancé à hauteur de 50 millions d’euros par l’ESA, l’Agence spatiale européenne.

Lire aussi: Une sonde spatiale en route pour la fournaise solaire

Symbole de cette cohésion et des générations futures, il est orné de 2748 dessins d’enfants des pays participants. L’intérêt scientifique n’est plus à souligner: il s’agit du premier satellite suisse et il a su rassembler toute la communauté de chercheurs suisses dans ce domaine. Moins visible, l’enjeu économique n’a été mis en évidence que par la présence du ministre de l’Economie, Johann Schneider-Ammann.

Pourtant, l’industrie spatiale suisse, représentée par un millier d’entreprises membres du Groupe de l’industrie spatiale suisse (SSIG), pourrait profiter de Cheops en se profilant comme spécialiste dans la conception de ce type de satellites, plus petits et moins coûteux. Le point avec Peter Guggenbach, directeur général de Ruag Space et président du SSIG.

Le Temps: Au total, 11 pays ont participé à la construction de Cheops. Le projet a bien été piloté par une équipe de scientifiques suisses, mais aucune pièce du satellite n’a été fabriquée par une entreprise helvétique. Dès lors, quelles retombées peut espérer cette industrie?

Peter Guggenbach: Comme vous le dites, le projet a été porté par les milieux académiques suisses. Or, ceux-ci jouissent d’une renommée mondiale – les découvreurs des exoplanètes que Cheops partira observer sont deux astronomes suisses, Michel Mayor et Didier Queloz, de l’Observatoire de Genève. Si la réalisation a été distribuée entre les dix autres Etats participant au programme, la Suisse s’est illustrée dans son pilotage. Elle peut dès lors faire valoir son expertise pour la construction de ce type de satellites de petite taille (280 kilos) et moins onéreux que leurs prédécesseurs, qui peuvent être construits en un laps de temps très court. Cela ouvre d’autres voies à l’industrie spatiale suisse, à côté des projets de l’ESA, qui ne sont qu’une partie de notre champ d’activité.

Cheops aura officiellement coûté 105 millions d’euros (120 millions de francs), dont une trentaine à la charge de la Suisse. Combien Ruag Space a-t-il gagné sur ce montant?

C’est infime – clairement moins de 1% – car nous n’avons fait que les tests sur les composants des satellites. D’autres programmes de l’ESA représentent de plus grandes contributions, qui ont trait à notre coeur d’activité comme la conception et la construction de structures de satellites ou l’électronique embarquée.

Dans quels autres grands projets internationaux êtes-vous impliqués?

Nous réalisons la coiffe et l’ordinateur central de la fusée Ariane 5 (les fusées européennes) – pas un lanceur Ariane ne décolle sans ce carénage aérodynamique. Nous participons aussi au projet OneWeb, en fournissant les structures de la constellation de satellites que la start-up veut lancer pour fournir un accès internet dans les régions les plus reculées du monde.

La division Ruag Space ne représente que 1350 des 9200 employés de Ruag et une contribution de 365 millions de francs à son chiffre d’affaires de 2 milliards (2017). Elle demeure pourtant indissociable de sa holding, détenue à 100% par la Confédération. Et par là même aussi des scandales. Comment gérez-vous cette image? Faudrait-il changer de nom?

Nous gérons cette image en nous efforçant de faire toujours mieux. Ruag jouit d’une très bonne image dans l’industrie spatiale. Nous réalisons un quart de nos ventes aux Etats-Unis. Le marché européen représente aussi une part importante. Changer de nom ne ferait aucune différence.

La coentreprise franco-italienne Thales Alenia Space a racheté en 2016 la division d’optoélectronique (système de gestion d’un signal optique) de Ruag. Cette opération est-elle les prémices d’une privatisation progressive de Ruag?

Ce rachat relève de la simple gestion de portefeuille. Thales Alenia Space s’est ainsi renforcée dans son marché prioritaire, ce qui nous a permis de nous-mêmes nous concentrer sur notre domaine d’expertise. A savoir les composants en carbone, les structures de satellites et l’électronique spatiale.

Lire aussi, sur le blog Exploration spatiale de Pierre Brisson: CHEOPS un observatoire spatial pour affiner notre connaissance des exoplanètes proches 

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