«Trop de notes!» se serait écrié Joseph d'Autriche à l'écoute des études pour piano mécanique de Nancarrow. Dans un déferlement survolté de mélodies populaires et de rythmes syncopés, les «partitions» jouées mardi à Genève en ouverture d'Archipel défient les lois de l'écoute, greffant une mécanique de précision sur le vivant de l'interprétation. Un répertoire insolite que transmet avec humour Wolfgang Heisig, pédalant tel un Virenque sur son Pianola. Trop de notes, également, dans le jeu tellurique de l'improvisateur Joachim Kühn, qui démontre combien les musiques d'aujourd'hui ont intégré le caractère surhumain des appareils de reproduction musicale. Trop de notes enfin dans cette soirée bâtie autour de solistes captivants: ainsi du jeu habité d'Ian Pace, opposant à l'exploration stellaire de Stockhausen la concision de Sciarrino et la générosité de Dusapin. Ainsi également de Markus Hinterhäuser, qui détaille avec une attention rare une pièce de Nono, dialoguant sur la corde raide avec d'autres sons de pianos enregistrés. Trop de notes… Peut-être, mais de celles dont on ne se rassasie guère.

Festival Archipel à Genève, jusqu'au 1er avril. Rens. 022/329 24 22.