Avoir 16 ans et soudainement voir son monde s’écrouler. Chiara a grandi au sein d’une famille unie, ses parents n’ont pas divorcé, elle a deux sœurs qu’elle adore, mais voici que la voiture de son père prend feu, et ce n’est pas un accident. Et la vérité d’éclater: cet homme aimant, qu’elle admire et avec lequel elle a une relation complice, serait lié à la mafia calabraise, la redoutable ’Ndrangheta. Le voici obligé de se cacher. Chiara, qui veut comprendre, va alors se mettre en tête de le retrouver.

A Chiara est le troisième long métrage tourné par Jonas Carpignano dans la petite ville de Gioia Tauro après Mediterranea (2015) et A Ciambra (2017), et on y retrouve d’ailleurs subrepticement quelques personnages récurrents. Mais même s’il parle volontiers de triptyque, le réalisateur se défend dans le dossier de presse de ce nouveau film – présenté l’été dernier à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes – d’avoir voulu réaliser une seule grande œuvre évoquant trois communautés cohabitant à Gioia Tauro, à savoir les migrants, les Roms et la mafia. Si les trois titres se répondent, il s’agit bien de trois histoires totalement autonomes.

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Ce qui frappe d’abord, dans A Chiara, c’est la manière dont Carpignano filme une Calabre sombre, le film se déroulant majoritairement de nuit et dans des lieux clos, comme pour mieux souligner l’enfermement mental – entre incompréhension et fascination – de son personnage titre. A la manière d’un Roberto Saviano, loin des élites mafieuses par exemple mises en scène par Marco Bellocchio dans Le Traître (2019), l’Italo-Américain (il est né et a étudié à New York) se penche sur les petites mains du crime organisé, qui se font notamment de l’argent en vendant de la drogue sans se soucier des conséquences de leurs actes.

Entièrement raconté du point de vue de Chiara, le film tire également sa force de la «méthode Carpignano», qui consiste à engager des acteurs non professionnels, en l’occurrence issus d’une même famille, et à leur faire jouer des situations vécues. Au final, c’est moins de la mafia (ajout purement fictionnel) que des relations père-fille et de la manière dont une structure familiale doit apprendre à gérer les conflits dont il parle dans ce film transcendé par une sourde tension.

A Chiara, de Jonas Carpignano (Italie, France, 2021), avec Swamy Rotolo, Claudio Rotolo, Grecia Rotolo, Carmela Fumo, 2h21.