Jean-Yves Thibaudet et son chic. Jean-Yves Thibaudet et son aisance sur scène. Le pianiste lyonnais a été vivement applaudi mercredi soir lors d’un concert au Victoria Hall de Genève. Il jouait le Concerto en fa majeur de ­Gershwin, une œuvre à mi-chemin entre le jazz et Rachmaninov (ces bouffées de lyrisme enivrantes). Le chef américain Leonard Slatkin, 67 ans, l’accompagnait à la tête d’un OSR riche en couleurs, tour à tour rythmé, langoureux.

Le premier mouvement réclame souffle et dextérité. On craint d’abord une touche de sentimentalisme (cet air très inspiré que prend Jean-Yves Thibaudet au clavier) mais le pianiste tient le cap. Il se fait électrique dans les sections rythmiques, expressif dans les passages mélodieux. Il se laisse bercer par la phrase gershwinienne, entre pulsations syncopées et lyrisme aux frontières de la guimauve. La coda du premier mouvement (qui fait tant penser à Rachmaninov!) se conclut dans un torrent de virtuosité: le public applaudit. Le mouvement lent est un pur délice, truffé de trouvailles, entre sonorités proches du blues (ce solo de trompette en sourdine) et lyrisme évanescent (très beau passage pianissimo au clavier). Dans l’«Allegro agitato» final, Jean-Yves Thibaudet reprend un tempo effréné. Le pianiste aux mèches jaune argenté transpire, accompagné par un orchestre rutilant. Il offre en bis Jeunes Filles au Jardin de l’Espagnol Federico Mompou, une pièce tendre et évocatrice.

La 5e Symphonie de Chostakovitch est autrement plus sombre et épique que le Concerto de Gershwin. Leonard Slatkin, qui connaît très bien ce répertoire, sculpte une vaste fresque. Il fait ressortir l’effroi dans le premier mouvement, surtout ce sublime chant éploré aux cordes. Il gère très bien le crescendo jusqu’à un climax ponctué par des cuivres noirs. L’«Allegretto» est anguleux comme il se doit – bien qu’on aurait souhaité davantage de férocité encore. Le plus beau, c’est le «Largo». Ces harmonies blanches et froides, ces cordes à nu, les solos aux bois (flûte, clarinette…) en font un moment intense. Le «Finale» n’en paraît que plus grotesque, avec ses fanfares qui bombent le torse.