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jazz

Chick Corea, «Forever», le bilan souriant

Acoustique ou électrique, le piano du prolifique Chick lorgne vers le passé pour s’inventer, en trio ou en quintette de luxe, des lendemains qui swinguent

Genre: jazz
Qui ? Corea, Clarke & White
Titre: Forever
Chez qui ? (2 CD Concord/Universal)

L es héros ne sont pas (encore) fatigués. Ce serait même plutôt le contraire, assez étonnamment pour des musiciens dont on voudrait nous faire croire à coups de flonflons critiques, rétrospectives festivalières et autres «doctorats honoris causa» complaisamment décernés, qu’ils ont leur œuvre derrière eux. Son passé, Chick Corea le choie sans s’y calfeutrer. Les fréquents retours qu’il opère sur des épisodes en principe révolus de sa propre saga montrent surtout qu’ils ne sont pas si circonscrits que cela.

C’est l’évidence avec ce Forever débordant (d’énergie, d’idées, de joie de jouer, de… jazz tout court) où tout est conté dans un présent de narration dynamiteur de nostalgie, qui rend contemporaines des aventures stylistiques dont Corea nous convainc une fois de plus qu’il n’a pas épuisé les potentialités. Cette faculté de réinvention perpétuelle est euphorique, ne s’y trompent ni le public ni les complices, ici grosses pointures, qui répondent toujours présent à l’appel du Chick.

Les complices? Stanley Clarke, LE son de basse électrique des années 1970, aujourd’hui délogé des charts par un Marcus Miller qui ne fait pas oublier le hache menu de garçon boucher gore de cet insubmersible prédécesseur, et Lenny White, le nec plus ultra de la batterie efficacement discrète (et inversement), jamais à court de figures rythmiques allumées à rendre hilare un expert-comptable suicidaire. Soit la garde rapprochée dont le pianiste s’entoure dans un premier CD acoustique qui culmine avec une «Waltz For Debby» rythmiquement bouillonnante, libérée de la tutelle de Bill Evans, un hommage à Bud Powell baptisé avec beaucoup d’à-propos… «Bud Powell», et un «No Mystery» que l’on peut raisonnablement considérer comme une alternative ingénieuse à l’énergie nucléaire.

Plus électrique, le second CD court le risque de mécontenter tout le monde: et les fans transis des éditions successives du groupe phare Return To Forever, qui mesureront tout de suite l’écart entre le son de cette resucée ripolinée et leurs vieux vinyles crachoteux seuls dignes d’émois, et les admirateurs du quasi-concertiste classique qui ont toujours considéré ces escapades électrifiées, démagogiquement plébiscitées, comme de vulgaires concessions au statut de star. Coup de jeun(ism)e artificiellement dicté par le marketing? La thèse est peu convaincante. D’abord parce que le «look» de Chick le septuagénaire, silhouette tassée et traits tirés désormais plus proches de la trogne burinée de Michel Simon que du physique avantageux de jeune premier, est tout simplement inexploitable en termes d’image «sexy». Et surtout parce que la musique ne laisse filtrer aucune de ces facilités revivalistes qui la confineraient dans une sorte d’autisme répétitif: tous croient à ce qu’ils jouent, y compris, et c’est tellement plus rare, les guest stars venues étoffer la distribution. On y retrouve un Bill Connors idéalement mordant, un Jean-Luc Ponty qui renoue avec son beau son post-grappellien d’antan, et, brièvement, une Chaka Khan qui compense sans doute par le cri sa souplesse entamée, mais que personne jamais ne surprendra à réciter sa leçon. Ils sont à la fête, et nous avec eux.

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