En octobre 2019, révoltée par l’augmentation du prix des transports publics, la jeunesse chilienne se ruait dans le métro de Santiago, marquant le coup d’envoi d’une révolution populaire. La légende dit que, ce jour-là, la première personne à avoir sauté les tourniquets serait une femme.

On l’imagine tout droit sortie des instantanés acérés des nouvelles d’Arelis Uribe: une étudiante issue d’un milieu vulnérable, ayant passé une enfance désœuvrée dans un quartier excentré de la capitale, tiraillée entre la fidélité à ses origines et les complexes qu’elles lui inspirent, rêvant d’écoles privées, de produits américains, de revoir son père un jour et de ne plus avoir peur seule dans la rue le soir. Collégiennes ou jeunes adultes, les narratrices des Bâtardes sont les citoyennes négligées de la société chilienne, l’angle mort de la littérature nationale.