Ils ne sont plus 700 millions comme dans la chanson de Dutronc, mais pas loin du double. A Cannes, impossible d’ouvrir une revue professionnelle sans se voir rappeler la toute-puissance chinoise. L’Empire du Milieu est le marché qui offre les plus belles perspectives de développement. Hollywood s’y est intéressé, de nombreux partenariats ont été signés. Mais voilà, paraît-il, la politique protectionniste de Trump pourrait mettre un frein aux investissements. La Chine s’en moque, probablement.

Jadis, Tsui Hark réalisait et produisait à Hongkong des films de genre au sous-texte politique. C’était avant 1997, et la rétrocession de la colonie britannique à la Chine faisait peur. Vingt ans plus tard, après un affaiblissement de son industrie cinématographique, Hongkong a retrouvé le sourire. Tsui Hark, qui comme quelques compatriotes avait tenté sa chance à Hollywood, réalise et produit de grandes fresques qui plaisent à la Chine, les recettes sont colossales. Or, à Cannes, une seule production chinoise a été présentée en sélection officielle. La Chine, dans le fond, n’a besoin que d’elle-même. L’inverse est faux. L’héroïne romaine de Fortunata, de Sergio Castellitto, doit, pour s’en sortir, vendre son salon de coiffure à des Chinois. On aimerait bien savoir ce qu’en pense Godard, «le plus con des Suisses prochinois», selon les situationnistes, comme le rappelle Michel Hazanavicius dans Le Redoutable. Il s’en moque, assurément.