En Chine, la plume paie sur Internet

Une générationde jeunes feuilletonistesfédèrent des millions de fans. Certainsmême deviennent millionnaires

Qui a dit qu’écrire pour le Web ne paie pas? Pas les jeunes écrivains chinois. Et surtout pas Zhang Wei, 33 ans, qui a décidé de mettre de côté ses études de droit, raconte le site chinois Global Times, pour écrire des romans. Mais seulement sur Internet. Cet enfant de Pékin fait figure de star. Depuis plusieurs années, il trône en tête de liste des auteurs «électroniques» les plus riches de Chine. Ses droits d’auteur cumulés s’élèveraient à plusieurs millions de francs.

Un centime les mille mots

Zhang Wei est représentatif d’une génération de feuilletonistes qui fédèrent des millions de fans. Ces derniers sont prêts à payer pour lire leurs dernières aventures sur smartphone. Outre Zhang Wei, d’autres écrivains flirtent avec les millions: Hu Li, 25 ans, ou Liu Wei, 35 ans. Tous partagent une caractéristique: ils n’ont jamais publié un livre sur papier. Tous partagent cet autre privilège: chaque fois qu’ils apparaissent en public, ils sont accueillis comme des stars de cinéma. «Et dire, raconte Zhang Wei dans une interview au China Daily, que j’ai commencé à écrire par hasard, sans même y croire.»

Facile de devenir un écrivain célèbre on line? Non. Les fans inscrits sur les «sites littéraires» sont certes des millions. Selon une étude de iResearch, au mois d’avril 2013, plus de 12 millions de lecteurs quotidiens étaient recensés sur les dix premiers sites littéraires de la Chine. Mais pour survivre, voire percer, il faut tirer à la ligne: l’internaute paie 1 centime les mille mots. La plupart des écrivains on line, qui ont majoritairement entre 14 et 21 ans, ne décollent jamais. Un rapport du China Business Focus – cité par l’e-magazine chinois Tea Leaf Nation – souligne que «90% des écrivains ne pourraient pas survivre sans écrire au minimum des centaines de milliers de mots par mois».

Reste ce constat: dans un pays où le coût d’une publication est élevé, où la censure reste vigilante, Internet est un terrain d’expression lucratif pour les plus doués. Zhang Wei en est, lui, à son douzième roman, notait le China Daily en juillet.