On a eu un cow-boy à New York, un Indien dans la ville, un clochard à Beverly Hills, un facteur chez les Ch’tis, un curé chez les nudistes et même un Suisse alémanique chez les Romands (Jeune Homme)… Le choc des contraires étant un moteur comique universellement inépuisable, voici les Chinois à Delémont.

La sublime confrontation du canard laqué et du totché, de l’Empire Céleste et du terroir, «pays romand, pays gourmand», n’est en l’occurrence pas issue de l’imagination encokée d’un scénariste hollywoodien, mais de la chronique helvétique. En 2006, le conseiller national Pierre Kohler invite en Suisse les 26 demi-finalistes de l’élection de Miss Chine, dans l’indifférence, voire l’hostilité des sponsors et de Suisse Tourisme, insensibles à l’argument de quelque 300 millions de téléspectateurs chinois. Le Matin fait ses choux gras de cette nuée de beautés asiatiques, et tout s’est bien terminé, comme quoi le péril jaune est soluble dans le vin jaune.

L’idée de tirer un film de cette success story cosmopolite est venue d’une journaliste genevoise. Elle est passée par la TSR, a connu nombre de contretemps et de rebuffades, mais, comme le rappelle le producteur Pierre-Alain Meier, «impossible n’est pas Jurassien», et Win Win est sur les écrans.

Derrière la caméra, un réalisateur de la TSR, Claudio Tonetti, auteur de téléfilms (L’Enfant de la honte, Maigret) et de films (Charmants voisins, La Grande Peur dans la montagne). Devant la caméra, Jean-Luc Couchard, importé de Belgique (Dikkenek), incarne le zigoto sinophile; il a l’œil vif et la mine gourmande du mariolle atteint de vibrionnisme politique. Frédéric Recrosio tient le rôle du journaliste du Matin. Quelques guest stars pimentent l’ensemble, Jean-Luc Bideau, Jean-Luc Barbezat et, dans leur propre rôle, ces fleurons du PDC que sont Christophe Darbellay et Pierre Kohler. Ce dernier a droit à une réplique susceptible de faire rigoler sur les deux rives de la Birse: «Maire de Delémont, moi? Mais jamais de la vie» (avec l’accent).

De la Tête de Moine dans les supermarchés de Pékin

Win Win n’est évidemment pas un chef-d’œuvre du 7e art, mais, tout à fait joyeux, il témoigne de la vitalité de la cinématographie suisse, capable de transmuter un événement local en produit culturel. Il met en scène une ribambelle de personnages savoureux, comme l’ami René, producteur de fromage, porté par une vision de Tête de Moine sur tous les rayons de Pékin et finissant par épouser la Chinoise autoritaire qui chaperonne les Miss. Bien agencées à défaut d’être follement originales, les scènes alignent les situations cocasses – les Miss dans le foin, les Miss à la caserne de Bure – et n’engendrent pas la morosité.

Sorti en exclusivité dans toutes les salles jurassiennes, Win Win a d’emblée attiré 5300 spectateurs – soit un douzième de la population jurassienne. Rapporté à la Chine, ce pourcentage… On a le droit de rêver!

VV Win Win, de Claudio Tonetti (Suisse/Belgique 2013), avec Jean-Luc Couchard, Wang Xin, Anne Comte, Guy Lecluyse, Cheng Xiaoxing, Jean-Luc Bideau, Bin Ying, Frédéric Recrosio. 1h37.