Genre: Policier
Qui ? Henning Mankell
Titre: Le Chinois
Kinesen
Chez qui ? Seuil Policier

Extension du domaine de la lutte. Pour son premier roman paru après la fin des enquêtes de Kurt Wallander (LT du 20.11.2011), Henning Mankell élargit son horizon géopolitique, qu’il avait déjà balisé à travers de précédentes histoires, hors du cycle de l’inspecteur. D’abord, déplacement dans le pays: de la Scanie, au sud de la Suède, le romancier passe à une ville (fictive) qu’il situe tout au nord du territoire. Un massacre y a été commis, dans le silence étouffé d’une nuit de janvier 2006; 19 personnes ont été tuées à l’arme blanche, dans leur maison, durant leur sommeil. Plus tard, la protagoniste principale pensera en entendant des touristes parler du drame: «Cela faisait donc aussi sensation au-delà des frontières de Suède? Une tache honteuse sur l’innocence suédoise. Les tueries de ce genre n’ont pas leur place ici. Ça n’arrive qu’aux Etats-Unis, parfois en Russie. Des fous sadiques ou des terroristes. Mais pas de ça ici, dans un petit village paisible, au fin fond des forêts suédoises.»

Il y aura pourtant fausse piste, là réside l’originalité de la nouvelle intrigue du romancier partagé entre Suède et Zimbabwe. Il opte même pour une rupture dans son récit, plongeant le lecteur dans l’histoire méconnue des Chinois embarqués de force de Pékin, au milieu du XIXe siècle, devenus forçats sur les chantiers du chemin de fer américain. Entreprise pour laquelle travaillaient aussi des contremaîtres suédois… Puis, nouvel élargissement thématique, avec l’affrontement de deux visions du développement de la Chine, selon des acteurs puissants du régime, et leurs différences de vues concernant l’Afrique.

Henning Mankell prend des risques dans cette construction découpée, d’autant que le motif du massacre dans le hameau boisé apparaît vite. Même s’il semble vouloir brasser trop large, plaçant à tout prix le propos qui lui tient à cœur, l’auteur des Chaussures italiennes fait néanmoins la preuve, à nouveau, de sa grande maîtrise. Le lecteur se surprend à se passionner pour une histoire dont le fondement est vite éventé. Bel exploit, pour un maître du polar qui a besoin de parler du monde, et qui trouve le moyen adéquat pour y parvenir.