Les chipies du Lignon

Comédie Le genevois «Sweet Girls» oppose puis rapproche cyniquement jeunes et vieux

C’est l’été, les grandes vacances et les soucis garantis à la rentrée pour Marie et Elodie, deux copines qui zonent dans la cité du Lignon, près de Genève. A 16 ans, alors qu’elles sont censées prendre leur vie en main en trouvant une place de stage, elles n’ont qu’un désir: échapper à cette morne existence. Exaspérées par le manque de perspectives et inspirées par la mort d’une vieille seule dans son grand appartement, elles ont alors une idée: pour résoudre la crise du logement, ne suffirait-il pas d’éliminer les personnes âgées et isolées?

Prémices sociologiques

Le «pitch» est amusant, le cadre original, les jeunes actrices (françaises) effrontées à souhait. Pionnier d’un cinéma de genre romand, Xavier Ruiz (Neutre, Verso) et son complice, le monteur Jean-Paul Cardinaux, ici promu coréalisateur, ont un certain métier. Que manque-t-il donc à Sweet Girls pour emporter l’adhésion et devenir le succès surprise de l’année?

Beaucoup, à commencer par un ton et une réalisation qui ne sortent pas du manuel du petit clipeur. A part la trop libre Elodie et l’influençable Marie, tous les autres personnages restent désespérément unidimensionnels. Foutraque, le film glisse du social (façon Paulette plutôt que Bande de filles) au macabre (Shallow Grave plutôt que Ladykillers) pour finir en love story lesbienne, sans oublier la grande réconciliation intergénérationnelle.

C’est bien sûr là qu’il gagnera des points devant un public peu exigeant. Las! Cela fait pourtant longtemps qu’on sait que cynisme et bons sentiments dégoulinants sont les deux faces d’une même médaille: celle du calcul dépourvu de sincérité, ici confirmé par la laideur de la mise en scène.