Dans la bibliothèque de Chloé Delaume, on trouve Lydie Salvayre et Pierre Guyotat, Racine, Rimbaud et Boris Vian. Rien que les fétiches et les indispensables – faute d’espace, le reste se prête et se donne. On trouve aussi, en équilibre sur une étagère, un cœur en porcelaine blanche, à moins qu’il ne soit en plastique. Depuis qu’elle est célibataire, Chloé Delaume, 47 ans et une trentaine de livres publiés, s’est résolue à vivre dans un petit deux-pièces au nord-est de la capitale, acculée par les prix de l’immobilier parisien. Une situation similaire à celle d’Adélaïde, le personnage au centre de son dernier roman, Le Cœur synthétique, diamant (d’humour) noir de cette rentrée littéraire. A cette lecture jubilatoire s’ajoutera bientôt la sortie, le 11 octobre prochain, de son premier album.

«Epousite aiguë»

Les Fabuleuses Mésaventures d’une héroïne contemporaine est le pendant musical de ce livre craché en trois mois pour réchauffer un hiver émotionnellement difficile. Chaque épisode – aujourd’hui des chapitres – était soumis en temps réel à son cercle d’amies proches en guise de trousseau de survie, d’hommage et de consultation. Car c’est à partir du récit de leurs déboires et de leurs aspirations que Chloé Delaume a construit le personnage d’Adélaïde, cette attachée de presse qui vient de quitter son mari après plusieurs années de vie commune. Plutôt classique et fleur bleue, cette femme souffre d’«épousite aiguë»: elle ne peut pas coucher avec un homme sans se projeter avec lui, lovée dans son canapé ou attablée en Italie. Sauf qu’après 45 ans, les opportunités de rencontrer le nouveau prince charmant se réduisent. Dans les fêtes, les hommes de son âge sont en couple, ou visent plus jeune qu’elle. Sa compétitivité s’émousse, les regards la traversent.