La Poste offre un emploi de porte-parole pour la Suisse romande. La fonction existe dans toutes les grandes entreprises, mais curieusement, à propos du géant jaune, le terme fait un peu ringard, comme s'il était contaminé par l'archaïsme de l'activité de base de la Régie: porter physiquement, déplacer dans l'espace, en employant le temps qu'il faut, des objets matériels, paquets ou lettres, dont le poids est mesurable en grammes ou en kilos. Impression passagère: en lisant le texte de l'annonce, on y trouve tous les gages de la modernité, à commencer par les «concepts de communication» que le ou la futur(e) titulaire devra «développer».

Parmi la septantaine de mots composés à partir de la forme verbale porte, une dizaine seulement concernent des personnes, alors que tous les autres s'appliquent à des choses, appartenant au quotidien comme le porte-savon, le porte-clés et le porte-monnaie ou d'un usage plus rare comme le porte-aéronefs. Le porte-malheur, unique de son espèce, peut relever de l'une ou l'autre identité. Quant à la petite poignée de porte-quelque chose dotés à part entière d'une nature humaine, tous ou presque désignent un individu qui met ses forces au service d'une autorité: Dieu ou ses représentants (porte-croix, porte-crosse), la patrie ou l'armée (porte-drapeau, porte-bannière) ou simplement un homme plus puissant que soi (le portemanteau a pour fonction de soulager un grand personnage de la plus encombrante de ses pièces d'habillement).

Le porte-parole n'échappe pas à la règle, puisqu'il «prend la parole au nom de quelqu'un d'autre» (Le Petit Robert). Son rôle est de transmettre, le plus efficacement possible, une information ou un point de vue émanant de son employeur, et son but premier est de faire paraître ce message véridique, intéressant et flatteur pour l'entreprise. Il y a plus de sincérité dans ce terme classique que dans celui, à la mode, de communication, qui cache derrière un écran de fumée une démarche foncièrement identique.