Au début de la semaine dernière, il a beaucoup été question, dans toute la presse, de l'humiliation que les autorités russes auraient voulu éviter dans le cadre de l'affaire du Koursk. Mais le dossier consacré, dans ce journal, le 24 août, en marge de la sortie du film sur Sade, aux pratiques sadomasochistes en Suisse romande, venait rappeler que d'autres formes d'humiliation sont au contraire ardemment recherchées. Ce qu'on peut vérifier tous les jours en parcourant les petites annonces érotiques de certains journaux («Ta punition sera immédiate», «Maîtresse sévère cherche soumis au doigt et à la baguette», etc.)

On peut se demander si la perversion sexuelle des adeptes du SM est plus ou moins «immorale» que la perversion de l'orgueil national crûment mise en lumière par la tragédie de la mer de Barents. Quant à l'humiliation évoquée dans les lieux de culte – ce moment liturgique où les fidèles sont invités à reconnaître leur petitesse humaine en s'inclinant devant l'immensité de Dieu – elle relève du paradoxe éthique du christianisme, selon lequel seulement les humbles accèdent au Royaume des cieux. Rien à voir, donc, avec l'avilissement (imposé par le «bourreau» ou désiré par la «victime») d'un être humain par le fait d'un autre. Dans le dossier du Temps, la sociologue Eliane Perrin avançait toutefois que la croix (celle sur laquelle Jésus Christ a été cloué) «est en fait à la racine même du sadomasochisme dans notre culture…»

Quoi qu'il en soit, dans le langage laïque moderne, les mots de la famille d'humiliation ont une connotation négative tenace, attestée par les expressions pour le moins peu flatteuses qui font écho à leur étymologie (ils dérivent du latin humus, la terre): «se faire traîner plus bas que terre», «se faire traiter comme un paillasson, comme une carpette»… De nos jours, il n'y a guère que les tarifs téléphoniques – voir les affiches placardées en ce moment sur nos murs – qui peuvent fièrement se vanter d'être bas.