Incroyable mais vrai: pour la Saint-Valentin, Coop propose à sa fidèle clientèle de confectionner un gâteau (sucré) à base de nouilles. La recette en était donnée, avec force roucoulements, mercredi soir dernier, sur la TSR, dans l'émission publicitaire du grand distributeur.

Le prosaïsme suisse connaît ici son apothéose. Y a-t-il au monde un autre pays où l'on pourrait avoir l'idée de proposer comme véhicule de la passion amoureuse un mets qui évoque le bourrage d'estomac, l'amas gluant de lanières blanchâtres vite préparé quand manquent le temps et l'inspiration, quand le frigo est vide et la chair triste? La nouille désigne, familièrement, le sexe masculin, mais «au repos», me précise un expert: dans un état, donc, aussi peu prometteur d'érotisme que des pâtes dont on a raté la cuisson al dente.

Il est vrai que dans l'amour il n'y a pas que le sexe. Il y a les sentiments, qui chez certains amants sont aussi contournés que le style nouille. Mais franchement, est-il possible de tomber amoureux d'une nouille, à savoir d'une «personne molle et niaise» (Le Petit Robert), en principe totalement impropre à susciter ce ravissement, cette attirance transcendante qui sont si propices au développement du chiffre d'affaires des fleuristes?

Les Européens (hommes et femmes), d'après les stéréotypes, ne sont pas tous égaux devant l'amour. Les Français et les Italiens seraient plus doués, dans ce domaine, que les Anglais (inventeurs non seulement de la bouillotte mais aussi des abominables spaghetti on toast). Quoi qu'il en soit les Suisses, au chapitre du romantisme, semblent se situer en dessous du minimum vital. D'où une question qui mérite sérieusement attention dans la perspective de la votation du 4 mars: peut-on envisager l'adhésion à l'Union européenne d'un peuple qui, le jour le plus poétique de l'année, ne voit rien d'incongru à être invité à rêver en couple sur un gâteau aux nouilles, plutôt que, par exemple, sur une reproduction du Baiser de Doisneau?