Le journalisme est un beau métier, dit un chef de rubrique, mais il est difficile d'y faire carrière: «La pyramide hiérarchique est presque plate» (entendez, il y a peu d'échelons, donc peu de possibilités de promotion, entre le simple rédacteur et le rédacteur en chef). Dans un débat, un opposant à la légalisation de l'avortement complète par un argument nataliste la panoplie des anathèmes moraux: «La pyramide des âges ressemble déjà à un ballon de rugby!»

Ecrasée ou ovoïde, la pyramide métaphorique peut jouer à se contredire; mais elle n'a de sens que rapportée à la pyramide réelle, celle qui depuis des millénaires évoque immuablement la verticalité et l'inégalité entre la base et le sommet.

Dans le catalogue de l'exposition «Au cœur d'une pyramide. Une mission archéologique en Egypte», proposée par le Musée romain de Vidy-Lausanne actuellement (LT du 2 février), un passage est consacré à l'étymologie du mot, laquelle fait l'objet de deux hypothèses. Selon la première, elle reposerait sur l'analogie entre la forme de ces tétraèdres funéraires et celle d'un gâteau de miel et de farine, appelé pyramis en grec, qu'on offrait aux défunts. Selon la deuxième (que le Dictionnaire historique de la langue française, de son côté, ne retient pas) elle serait à chercher du côté d'une expression égyptienne, per-em-ous, désignant la hauteur d'une figure géométrique ou… l'arête d'une pyramide.

D'autre part, les hiéroglyphes désignant la pyramide pourraient signifier «le lieu de l'ascension (sous-entendu royale) vers le ciel». Philologiquement incertaine, cette interprétation aurait l'avantage de rendre compte de la double fonction symbolique du monument: élever l'esprit du commun des mortels tout en leur rappelant la divine supériorité du pharaon. C'est cette imbrication du spirituel et du politique qui fait que, de nos jours, on se méfie des pyramides, et que celles et ceux qui veulent monter au ciel cherchent à se fabriquer chacun son ascenseur.