Dans un texte sur les déboires de l'homo informaticus, Umberto Eco affirme que le Mac s'inspire plutôt de la culture catholique, expressionniste et conviviale, tandis que le PC affiche une rigueur toute calviniste, obligeant l'utilisateur à partir seul et sans secours à la recherche de la vérité.

Pourtant, il arrive aussi parfois au Mac de jeter l'utilisateur (ou l'utilisatrice) dans la déréliction de l'être humain abandonné face aux messages impénétrables de la divinité. Par exemple quand il (elle) voit s'afficher sur son écran, à la suite d'une manipulation anodine, la phrase suivante: «L'application «inconnu» a quitté inopinément le système car une erreur de type 1 est survenue.»

La malheureuse utilisatrice avait déjà mis quelques années à subodorer que le mot «application» pouvait avoir un autre sens que celui de la vertu qu'on essayait de lui inculquer à l'école primaire. L'attribut «inconnu» la replonge dans l'épais mystère qu'elle avait l'illusion d'avoir vaguement percé, et sa détresse s'alourdit du doute irrationnel d'être elle-même la cause du désastre «survenu»: si cette «application» lui avait été connue, n'aurait-elle pas aussi été capable d'éviter cette inintelligible «erreur de type 1» qui a provoqué sa sortie du «système»?

Mais là n'est pas le plus troublant. Le plus troublant, c'est cet adverbe rare, cet «inopinément» qui signifie: «sans qu'on s'y attende». Après ces jours de Pâques passés à se demander, dans l'atterrement et la peine, si le désastre humanitaire qui s'est produit dans les Balkans était prévu ou imprévu, prévisible ou imprévisible, évitable ou inévitable – hypothèses toutes aussi glaçantes les unes que les autres – cet «inopinément» rappelle à l'utilisatrice que le produit humain appelé ordinateur est sujet, en plus bénin, aux mêmes errements qui rendent hasardeux l'exercice du pouvoir.

Ce qui rend sa vérité aléatoire irrémédiablement, désespérément indéchiffrable, qu'il s'agisse du Mac ou de l'austère PC.