Poète de la nature et des petites choses, Christian Bobin a fait de la discrétion un mode de vie en passant son existence près du Creusot (Bourgogne), sa ville natale, et en ne cessant d’écrire des textes courts, quasi pointillistes.

L’auteur, dont le décès à l’âge de 71 ans a été annoncé vendredi par les Editions Gallimard, aurait pu rester confidentiel toute sa vie, mais a réussi à toucher le grand public avec des textes comme Le Très-Bas, sur saint François d’Assise, en 1992, Prix des Deux Magots l’année suivante et Grand Prix catholique de littérature, et qui a dépassé 100 000 exemplaires.

Grand poète pour les uns, auteur mineur pour les autres, Christian Bobin ne se souciait guère de sa réputation, vivant dans une maison au cœur de la forêt, où il se consacrait à l’écriture. Il venait tout juste de publier Le Muguet rouge, et une anthologie d’œuvres choisies dans la collection Quarto, Les Différentes Régions du ciel.

Le sentiment du beau pour guide

Le Muguet rouge est impossible à résumer. L’auteur le reconnaissait, sans crainte de ce que pouvait penser la critique littéraire de ce livre de «visions» convoquant Dora Diamant (une compagne de Kafka), Blaise Pascal, Gérard de Nerval et le camp d’Auschwitz.

«J’adore ces deux étiquettes qui me sont collées: simple au risque d’être naïf, et obscur au risque d’être hermétique. […] Mais je suis assez heureux, par exemple, que mes livres touchent des gens qui parfois sont très simples et parfois très érudits», affirmait-il à l’AFP il y a encore quelques semaines.

Chez lui, un seul guide: le sentiment du beau. «Je rêve que les livres ne soient jamais maltraités, comme certains qui, aujourd’hui sur les tables, ressemblent, à la lettre, à des paquets de lessive. […] Je rêve que les livres soient beaux de part en part».

«M’évader sur place»

Fils d’un professeur en dessin industriel, Christian Bobin a étudié la philosophie, et a ensuite travaillé pour la Bibliothèque municipale d’Autun, à l’Ecomusée du Creusot et a été infirmier psychiatrique.

Sans jamais quitter les environs du Creusot, ville ouvrière où il est né, il resta toute sa vie attaché à cette cité qu’il a dépeinte dans un texte, La Cristallerie de la reine. C’est là que s’était installée la fabrique royale de verre sous Marie-Antoinette. Puis les usines sidérurgiques Schneider au XIXe siècle.

«Je suis né dans un berceau d’acier», confiait-il. Mais, chez lui, pas de roman de l’industrie, de réalisme social, de lutte des classes, au contraire: un art pointilliste, tourné vers la nature et le ciel.

«J’ai choisi de m’évader sur place. J’ai reçu des tas d’alliés: des hirondelles qui ont fait leur nid dans un couloir de ma maison, de pauvres fleurs qui cherchaient comme moi à s’évader et poussaient à travers les pavés disjoints du trottoir», explique-t-il.

Armé de sa foi en la poésie, il publie à partir de 1977 avec une grande régularité des textes courts en prose, dont Une Petite Robe de fête (1991), qui rencontra le succès. En 1996, il rend hommage à son amie Ghislaine, morte à 44 ans d’une rupture d’anévrisme, dans La Plus que vive.

«J’ai préféré aller vers ce qui semble ignorer le passage du temps: les fleurs, l’amour dans sa première timidité, l’attente, la beauté d’un visage, le silence, la longue durée… Toutes ces choses que la vie moderne petit à petit commençait à nous enlever, à nous voler», disait l’écrivain.