En cette année 2020 engluée dans le marasme viral, on apprécie particulièrement les écrivains architectes, c’est-à-dire ceux qui construisent des univers fictionnels à plusieurs étages, avec passerelles insoupçonnées, aqueducs sans fin, couloirs secrets et qui y promènent les lecteurs ébahis par le bout du nez. Christian Garcin est de ceux-là. Depuis un peu plus de vingt ans, l’écrivain marseillais échafaude une œuvre romanesque qui s’étend comme une galaxie et où les personnages circulent de livre en livre, entraînant les lecteurs dans des courses-poursuites drôles et métaphysiques tout à la fois, d’Oulan-Oude à New York et de la Chine à la Patagonie.

Songes éveillés

Outre un comique de situation inoxydable et un sens du dialogue qui swingue, ce qui procure le plus de plaisir de lecture dans cet archipel littéraire (qui comprend aussi des nouvelles, des carnets de voyage, des livres jeunesse), c’est peut-être l’effet de décentrement. Les romans gigognes de Christian Garcin alignent les mondes parallèles à la façon des livres dans une bibliothèque. La fiction ici est une clé des songes éveillés, un trampoline pour passer d’un pan de réalité à un autre.