Ecrite en capitales, chaque lettre du mot «HOME» est peinte en marron sur un fond couleur nude. Les toiles sont accrochées pour former un carré. A priori, l’exposition de Christian Robert-Tissot à la galerie lange + pult à Auvernier répond au cahier des charges de l’artiste genevois. Les œuvres sont ici des vocables peints sur des toiles monochromes, soufflés en tube néon ou, lorsqu’ils sont exprimés en 3D, surgissent des murs de la galerie neuchâteloise. A cette différence que l’artiste ne présente ici aucune phrase, rien que des mots.

Des phrases, l’artiste genevois qui joue depuis 30 ans avec le langage en a produit beaucoup. «Nivuniconnu», «Ca vous regarde» «Droit dans le mur» et jusqu’à cette série de messages – «L’acidité rougit le tournesol» «Le canapé est au milieu du salon» – qu’envoyait la Résistance pendant la Deuxième Guerre mondiale désormais peinte sur des façades borgnes de Poitiers, son œuvre cultive une longue tradition du double sens et de l’absurde. A Auvernier, elle continue, mais avec un vocabulaire simplifié à l’extrême. «J’avais envie de revenir au mot seul. A m’astreindre aux principes que j’ai élaborés à mes débuts: à savoir des mots de quatre lettres, peints sur une toile de quatre côtés», explique Christian Robert-Tissot qui revient donc à ses fondamentaux. Voire carrément à une certaine épure de sa peinture. «Lazy» apparaît en rouge sur une toile brute. Le mot ne signifie pas «flemmard» pour rien.

«Pour moi, le travail avec les phrases est devenu de plus en plus compliqué, surtout dans la commande publique. Une phrase dans la ville est assimilée à trois choses: à la publicité, au slogan politique ou à la poésie. Je ne me situe dans aucune de ces trois catégories. Ce qui peut parfois susciter des ambiguïtés. Et puis j’avais aussi l’impression d’avoir fait le tour. Peindre une phrase c’est enfermer l’œuvre au niveau du sens. Peindre le mot pour lui-même c’est au contraire l’ouvrir tant il peut avoir de significations pour le spectateur. Et pas seulement dans un contexte artistique.»

Chez lange + pult, Christian Robert-Tissot tente une nouveauté. «SOFT» est un tableau sans toile. Les lettres en jaune et bleu recouvrent les éléments du châssis. Ce qui donne une œuvre dont la structure même a imposé sa propre typographie. «C’est la première fois que je ne choisis pas le lettrage», reprend l’artiste. « Le contexte de cette exposition est aussi très particulier. Ces œuvres qui sont aussi des souvenirs de mes travaux précédents ont toutes été réalisées pendant l’été, juste après la mort de mon père. Je reviens à mes débuts mais pour mieux continuer quelque chose. Une vie ne suffirait pas pour explorer le potentiel des lettres en peinture.»

Christian Robert-Tissot, exposition jusqu’au 3 octobre, galerie lange + pult, Port-de-la-côte 1, Auvernier, 032 724 61 60, www.langepult.com