«Je voulais te dire aussi: je ne peux plus te lire. Je n'en peux plus du sujet Angot.» Qui parle? Un homme (Claude) qui écrit, la nuit, pendant une quinzaine de jours, une lettre à son ex-femme (Christine) pour lui parler d'elle, de façon très directe: «De quoi parle-t-on? Moi, je te parle de toi, moi. Quand on lit un livre de toi, c'est ce qu'on veut, toi.»

Dans ce nouvel autoportrait fictionnel, Christine Angot (après cinq autres titres dont le provocant Interview, repris en poche l'an dernier) choisit en effet de se raconter par personne interposée, comme le faisait Gertrude Stein dans son Autobiographie d'Alice Toklas.

Effets de surprise

Plusieurs extraits de ce livre interviennent d'ailleurs dans le texte, cités sans guillemets parmi d'autres: un rapport sur l'onanisme écrit au XIXe siècle par un médecin, des considérations sur l'histoire du portrait et la disparition de la représentation du sujet en peinture, de nombreux fragments (en anglais) du dialogue entre un homme et une femme dans la nouvelle Un Pickle à

l'aneth de Katherine Mansfield, des passages du récit biblique de l'Exode – sans oublier des extraits de presse louangeurs, peut-être réels, sur ses précédents romans, et d'autres à coup sûr inventés sur… celui que nous sommes en train de lire.

Cette lettre autofictive se présente donc un collage heurté qui mise sur la discontinuité narrative en intégrant toutes sortes d'écritures, élaborées ou triviales. Effets de surprise, reflets multiples et déroutants, clins d'œil au lecteur accompagnent ici des aveux intimes souvent crus, aussitôt contredits par une dérobade argumentée sur «la différence auteur-narrateur» dont Christine Angot joue avec une habileté certaine.

Qu'on aime ou non cet égotisme forcené (plutôt non, au fait), force est de reconnaître qu'en recyclant apparemment tout de sa vie, les souvenirs et le quotidien, ses humeurs, son corps et les mots d'enfant de sa fille Léonore («les bisous, c'est de l'air et du bruit»), elle parvient à son but qui est de se dire et de s'inventer, de s'affirmer en se dédoublant, jusqu'à cette conclusion empruntée à Katherine Mansfield: «You look so well. I've never seen you look so well before.»

Christine Angot, Sujet Angot, Fayard, 124 p.