Chanson

Christine, souverainement pop

Garçon manqué, elle réinvente la chanson en fusionnant R’n’B et hip-hop, dancefloor et mélancolie. L’été s’incline devant Christine and The Queens

Christine and The Queens, souverainement pop

Paléo Garçon manqué, elle réinvente la chanson en fusionnant R’n’B et hip-hop, dancefloor et mélancolie

L’été s’incline devant Christine and The Queens

A qui la suit sur les réseaux sociaux, elle demande: «On est d’accord que «Past Life» de Tame Impala est la chanson la plus sexy de cet été?» Sans doute. Entrelacs d’une voix vocodée robotique et de chœurs sensuels, d’électro psyché et de pop mélodique évoquant furtivement «Air», ce morceaux mid-tempo rêveur et hybride sied comme un gant dentelé à la dernière reine en date de la pop made in France. Christine and The Queens.

Un tweet daté du 18 juillet en forme de pas de côté, entre deux triomphes modestes, et ça repart donc pour la Française qui venait de mettre au tapis les Bretons de Carhaix au Festival des vieilles charrues, après avoir mis à genoux quelques sujets de Sa Majesté. Vendredi, au cœur du quadragénaire Paléo, la ferveur publique devrait encore couronner son talent. Ira-t-on jusqu’à s’incliner devant l’élégance dansante et la chaleur du souffle saccadé de Christine and The Queens?

En tout cas, la classieuse jeune femme de 27 ans fait désormais l’unanimité. Intronisée artiste féminine de l’année aux dernières Victoires de la musique, Héloïse Letissier de son vrai nom a redéfini à sa manière transgenre les codes de la chanson à coups d’électro, de R’n’B et hip-hop mouvant. Jusqu’à fusionner Christophe et Kanye West, mélancolie et dancefloor, Michael Jackson, Beyoncé et Broadway, Véronique Sanson et Virginia Woolf.

Son répertoire polyglotte taillé haute couture affole même le papier glacé des magazines de mode, comme récemment celui de T Magazine , le supplément du New York Times , où elle assume un côté garçon manqué à rebours des poses aguicheuses des popstars américaines de sa génération. Logique, tant Christine and The Queens s’avère de pied en cap une affaire de style, aux canons de beauté androgynes aussi troubles que sa pop subtile oscillant entre rouge carmin et bleu nuit. A l’image de ses clips aussi, aux effets miroirs, tels «Saint Claude» et «Christine» qui jouent des contrastes visuels, scénographiques et rythmiques entre ombres et lumières, simplicité et sophistication.

La majestueuse destinée de Christine and The Queens s’est concrètement dessinée voilà deux printemps. C’était à l’heure de Chaleur humaine , ce premier album venu confirmer les promesses de ses trois EP liminaires qu’elle a d’abord adaptés avec son ordinateur seule en scène, entre deux danses façon marionnette désarticulée dans son smoking cintré.

L’ex-étudiante en art dramatique, piano et chant y transposait déjà ses expériences glanées auprès de drag-queens londoniennes, l’influence du suprême transformiste pop David Bowie, son goût des scénographies bisexuées et se distinguait en lever de rideau de The Dø ou Stromae.

Jouant désormais dans la cour royale, érigée au rang de phénomène pop, entourée de musiciens et danseurs, son chant ardent offre un spectacle total, contemporain et troublant, mêlant aussi théâtre et vidéo. Une performance chorégraphiée d’une intensité inouïe malgré ses rythmiques essentiellement mid-tempo.

Qu’elle «déambule morose» dans les «Paradis perdus» de Christophe croisé au «Heartles» de Kanye West, affirme provocante «She Wants To Be A Man» au cœur de «iT» ou confesse, touchante, «Je crois que mon ombre lutte contre l’oubli» au fil de l’irréel «Nuit 17 A 52» qui lui a valu ses premiers lauriers, son goût des mises en scène et en sons contrastées captive.

Ses rêves de scénographie théâtrale déçus, qui l’ont amenée à traverser la Manche pour trouver refuge au cabaret queer de Madame Jojo’s à Londres, ont transformé une cassure psychologique en tremplin. Héloïse a pu y esquisser son personnage polymorphe de Christine, puis de ses Queens. Sa métamorphose ou son travestissement à elle. Une entité rebelle et duelle, à la fois individu et groupe, sépia et colorée, où se télescopent langues et esthétiques, normes et transgressions, influences a priori contradictoires mais vibrants au diapason de son époque cosmopolite et interconnectée.

Malaxer le lexique comme un Bashung ou une Liz Frazer, faire des pas de ce moonwalk sous copyright de son défunt héros mi-blanc mi-noir, entremêler les idiomes sans perdre pied, entonner à tue-tête le «Single Ladies» de Beyoncé sans peur du ridicule, traîner sa peine aux enfers, essorer ses larmes puis rire aux éclats… Christine and The Queens est follement libre. Affranchie des codes et carcans stylistiques, elle réconcilie extrêmes et paradoxes. Une souveraine divine en son royaume pop. Paléo, t’inclineras-tu à ton tour?

Paléo Festival, ve 24 juillet, 23h. Les Arches. Complet.

Une affaire de style, aux canons de beauté androgynes aussi troubles que sa pop subtile

Affranchie des codes et carcans stylistiques, la reine Christine réconcilie extrêmeset paradoxes

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