Depuis octobre, la même rengaine au service de presse du Schauspielhaus: «Christoph Marthaler ne donne plus d'interview.» Impossible d'interroger le directeur de l'institution au sujet de son premier semestre à Zurich. Pourtant, depuis septembre, Marthaler tient ses promesses (LT du 25.05.00) et les Zurichois sont pris par la fièvre théâtrale. Avec l'ouverture du Schiffbau – complexe construit dans un ancien chantier naval – et l'inauguration de la salle du Pfauen, l'offre a grimpé de 30%. Et le public suit. Les salles affichent un taux d'occupation de 70 à 80%. A chaque première, la scène politico-culturelle se retrouve au Schiffbau. Le Schauspielhaus est un lieu du pouvoir, comme l'était l'Opernhaus dans les années 90. Son budget avoisine les 40 millions de francs (les 25,8 millions de subventions viennent de bénéficier d'un bonus lors de l'augmentation du budget de la ville.)

Mais le Schauspielhaus est surtout devenu le lieu d'un autre public. La scène traditionnelle a laissé la place à des productions musicales mêlant techno, danse et théâtre. Avec Polaroïds et Nothing Hurts, un monde nouveau a débarqué: on y prend des drogues et on se masturbe devant un public d'abonnement. Ce monde des scènes alternatives de la Gessnerallee ou du Neumarkt Theater, devient «art officiel» et les dames chics côtoient les amateurs de techno.

«Le Schauspielhaus représente maintenant ce qu'était le Theater Neumakt de Volker Hesse et Stephan Müller: un centre de réflection», analyse Christine Richard, de la Basler Zeitung. En plus des quelque 30 productions de la saison, des lectures et des «Breakfast-club» sont organisés. On y rencontre du beau monde et on y parle philosophie ou argent. «Avant Marthaler, la situation était très simple, explique Jean-Pierre Hoby, directeur du département culturel de la ville. Le public traditionnel se rendait au Schauspielhaus pour le «grand répertoire» aux mises en scène plus classiques, tandis que le théâtre alternatif trouvait sa place dans de plus petites salles. Depuis le début de la saison, les rôles sont presque inversés.»

Les directions du Neumakt et de la Gessnerallee se sont inquiétées d'une surévaluation du nombre de spectateurs. «Je ne suis pas aussi optimiste que Marthaler, annonçait en décembre Cescentia Düssner, codirectrice du Theater Neumarkt. Je ne crois pas qu'on puisse recruter plus de public.» Les chiffres ne semblent pas donner raison aux craintifs. «Nous avons plus de spectateurs que la saison passée», avouait Armin Kreber de la Gessnerallee. «L'arrivée de Marthaler stimule un engouement pour le théâtre à Zurich, ajoute Jean-Pierre Hoby. C'est un système d'émulation, il n'y a aucune raison d'avoir peur d'une diminution du nombre de spectateurs.»

Rens.: www.schauspielhaus.ch