«On ne raconte plus beaucoup d'histoires de couples en fuite», dit Maria Schneider, quelque part au cours d'Au Large de Bad Ragaz. Elle a raison, tout comme le Genevois Christophe Marzal d'en faire un film, son deuxième après Attention aux chiens. Il décrit comme un «lake movie» cette course d'un guide touristique (Mathieu Amalric) et de sa cliente russe (Julia Batinova) à travers la Suisse, de lac en lac, à la recherche d'or nazi immergé au large de Bad Ragaz. A leurs trousses, la police, notamment l'inspecteur Meyer (Jean-Luc Bideau), et la mafia.

Dans Pierrot le Fou, il y a quarante ans, Godard avait excellé dans le même exercice, abandonnant la fuite à l'intuition poétique. Marzal cherche le même sentier. Il a raison: ces éléments pourraient dire quelque chose de la Suisse (par exemple, de la possibilité ou non de vivre un road movie sur le territoire helvétique actuel). Et, de fait, son film intrigue… durant quelques petites minutes.

Des caricatures de mafieux

Une fusillade dans un café jette, hélas, toutes les ambitions à terre et le film avec. Cette scène est centrale: c'est elle qui lance la course-poursuite. Elle se doit donc d'impressionner, de tendre comme un élastique l'heure et quart qui suit. Or non: dans un café qui sent le décor, la succession des événements, qui exigeait une patte hitchcockienne, paraît avoir été organisée depuis la régie des Pique-Meuron.

Pire, les images enregistrent des écarts de niveau entre acteurs, différences dont le film ne se libérera plus: choisis pour leurs «gueules», les méchants mafieux sont des caricatures; puisé dans le cinéma d'auteur de son cinéaste fétiche Arnaud Despleschin, Mathieu Amalric en rajoute dans la nonchalance dégingandée; Julia Batinova, vue dans Paul s'en va d'Alain Tanner, vacille entre la femme fatale et la muse des poèmes de lycéens; Bideau, enfin, rejoue la lassitude de Pacino dans Heat, celle du flic trop préoccupé par son épouse dépressive (Maria Schneider) pour avoir la tête à l'enquête.

C'est ainsi qu'une scène – sans parler d'une encombrante voix off! – éparpille des éléments qui ne seront plus homogènes, jusqu'à la fin. Deux producteurs d'importance s'étaient pourtant penchés sur le berceau du film: la Suissesse Patricia Plattner et le Portugais Paulo Branco, nettement plus inspirés l'an dernier, lorsqu'ils se sont réunis autour de Ce Jour-là, la fantaisie helvétique de Raoul Ruiz.

Au Large de Bad Ragaz, de Christophe Marzal (Suisse-France 2004), avec Mathieu Amalric, Julia Batinova.