Temporairement, des barrières politiques ou confessionnelles ont séparé le Lyonnais, le Dauphiné, la Bourgogne, la Franche-Comté, la Savoie, la vallée d'Aoste, la Romandie. Mais jamais n'ont disparu la continuité historique, la parenté ethnique, la culture franco-provençale, les liens économiques. Lavaux doit beaucoup aux «cousins» savoyards, comme le montre l'«immigration» patronymique. A l'époque de l'appartenance du Pays de Vaud au duché de Savoie, puis après la Réforme apportée par Berne, des familles ont traversé le Léman et fait souche, notamment, à Lutry.

Ainsi, venus du Faucigny, les Amaudruz (1589), les Bidaux, les Clerc (1546), les Guillon, les Mellioret, les Peguey, les Rouge (1535) et les Ruffy (1535). Comme les Baatard (1571), les Bosson, les Delapraz (1616) et les Dupraz (1635) devenus bourgeois de Lutry. De Saint-Jean-d'Aulph, Lutry a accueilli des Favre (1533), les Lavanchy (1537), les Peneveyre (1534). Du Biot sont arrivés les Cottet, les Dentan (1640), les Dufresne (1645), sans oublier des du Fresne à Nyon et à Vevey. De Mégève, les Ganty (1616) et les Testuz (1535).

A Lutry encore, signalons les Diserens ou Dizerens (1719), qui doivent leur nom à l'Iseran; des Michaud (1543) et des Michoud (1635), les Pinget (1600) et les de Provannaz (1535) venus du Faucigny; les Pouly (1543) de Sixt et des Monod (1625) d'Araches; les Gonnet et leurs cousins Gonet d'Orbe (de Chambéry); les Deschamps de la Tarentaise et les Détraz (1536); et puis les Blanc (1543), Blanche (1643), Bron (1543), Brot (1535), Criblay, Frarin, Deronnaz et autres Vannay (1535). Le vignoble a vu aussi débarquer à Epesses (1552) les Fonjallaz de Bonneville; et encore les Degruffy, passés en 1458 du village savoyard de Gruffy à Saint-Saphorin.

Sur La Côte, nous trouvons les Muret de la Tarentaise (Genève, Morges 1608) et les de la Harpe venus du lieu-dit Les Arpes, près de Thonon (Aubonne et Rolle 1624). De Thonon encore, voici les de Morsier (du château de Morcy) à Perroy (1596) et les Morzier à Rolle (1622), de même que les Rolaz à Rolle (1549). Les Baud de Pizy (1772) sont originaires de Morzine, les Bolens de Bursins (1607) de Douvaine, les Blanchenay de Morges (1555) de Sallanches. La famille Lullin, Genève et Aubonne (1537), doit son nom à Lullin en Faucigny, d'où sont issus aussi les Favrat d'Epalinges (1734) et les Joly de Lutry. Les d'Alinges et Dallinges (Rolle 1548 et Echallens XVIIe s.), ont leurs racines aux Allinges, en Haute-Savoie.

Les Debonneville de Gimel (1400) et les Decollogny d'Apples (1633) rappellent deux localités de l'ancien Genevois savoyard, Bonneville et Cologny. Les Chavanne de Genève et Allaman sont venus de Bonneville, et les Chavannes de Vevey (1618) de Saint-Jean-d'Aulph. Les Coindet des hauts de Coppet (1688) ont eux aussi traversé le Léman, tout comme leurs cousins Cuendet de Sainte-Croix (1525), montés de Saint-Jean-d'Aulph.

L'ancienne province du Genevois savoyard nous a envoyé les Menthon de Morges (1587) et les Menthonnex de Bursins (1488), deux patronymes tirés de lieux-dits de la Haute-Savoie et de l'Ain. De souche savoyarde encore, les Anselmier de Bière, les Bezinge de Givrins, les Baudin de Mollens, les Bergier de Saint-Prex et Lausanne (1442), les Bonnaz de Perroy, les Bugnon de Begnins, les Burnod de Cottens, les Chaudet de Bougy-Villars, les Challande de Vich, les Chenevard de Bière, les Dupanloup de Saint-Prex. Et puis les Delarageaz de Préverenges, les de la Fléchère et les d'Echerny de Nyon, les Mauraz de Rolle et les Mauroz de Nyon, les Parmelin de Bursins (du Mont-Parmélan, près d'Annecy), les Périllat de Duillier (de Scionzier), les Puthod de Nyon (de Sciez), les Quiblier de Nyon (de Messery).

Sur la rive nord du Léman, mentionnons encore les Langin (famille de la mère du major Davel), les Péclet et les Péclat, les Mieusset. Des toponymes savoyards ont donné les patronymes Jonzier (Gland 1690), Ancrenaz (Begnins 1500), Copponex et Cortagier. Parmi les Genevois d'origine savoyarde, la famille des Arts (anciennement D'Ars), venue de Thonon. Ainsi que les Choisy et les Peillonnex (villages du même nom en Savoie), les Chillier (du village de Chilly). Les Depoisier viennent d'un lieu-dit Poisy, près d'Annecy. Autres grandes familles genevoises de souche faucignerane ou chablaisienne, les Revilliod et Revillod, les Laverniaz, Lavergnaz et Lavergnat, les Lachenal.

Lausanne a reçu les de Bons en 1688 (de Bons, près de Thonon, avec une branche valaisanne), des Chapuis de Samoëns, des Durand de la Tarentaise. A la tête du lac, Vevey a accueilli des Franoz, des Tornier, des Cohannier et des Dumoulin. Des Bontemps ont quitté Evian pour Villeneuve.

Du val d'Aulph sont partis les Vodoz (La Tour-de-Peilz 1718), ainsi que les de Rovéréa (Vevey 1644, du château savoyard de Rovorée), des Thomas et des Magnin. Les Chastellain de La Tour-de-Peilz (1608) et les Chatelanat de Moudon (1330) sont venus de Lullin, alors que les Commend de La Tour-de-Peilz débarquaient de Publier. Les de Blonay (lieu-dit du Chablais savoyard) ont donné leur nom au village vaudois de Blonay. Les de Loës sont arrivés à Aigle (1360) du château de Loex en Faucigny. De Savoie encore, voici à Aigle les Boinnard (de Seytoux), les Capré (de Plancherine), les Gex et les Milliet; à Bex les Monnet (de Viuz-en-Sallaz) et les Courtaz (de La Chapelle d'Abondance); à Lavey les Garin (de La Vernaz-Evian); à Ollon les Pirolet (de Rumilly) et les Baudy (de Morzine); aux Ormonts les Pernollet (des Gets).

Sont remontés dans le nord du Pays de Vaud les Exchaquet d'Annecy (Pompaples 1570), les Dunand du Faucigny (vallée de Joux), des Borel à Moudon, des Boulaz à Premier, des Chevalley à Vufflens, les Lugrin de Lugrin-en-Chablais (vallée de Joux). Les Mégevand de La Praz tirent leur nom de Mégève. Les Thorens de Concise et Sainte-Croix doivent le leur au lieu-dit Thorens (Faucigny), comme peut-être aussi les Dethurens genevois. Toujours d'origine savoyarde, les Mouquin de la vallée de Joux, les Perriraz de Chavornay et les Perrière de Lausanne, les Goujon et les Roch d'Orbe (un patronyme genevois Rosnoblet est un composé savoyard de Roch et Noblet), enfin les Rapin de Valloire en Maurienne (Payerne 1309).

Jusqu'au 21 août, Charles Montandon parle de l'immigration patronymique en Suisse romande depuis l'ancien royaume de Bourgogne.