Linguistiquement, l'ancien Royaume de Bourgogne constitue le trait d'union, dit «franco-provençal», entre la langue d'oc et la langue d'oïl. Bien qu'en voie d'extinction, les dialectes de Romandie, de Bourgogne, du Lyonnais, du Dauphiné, de Savoie et de vallée d'Aoste restent un facteur d'unité culturelle.

Maints patronymes romands sont d'origine lyonnaise: Tabard, Léonnard (Orbe 1659), Bailly (mais Bally est venu de Dijon), de Thélusson (Genève 1609), Soulier (Nyon 1798), Vallouy (Grandson 1798), Delor, Trembley, entre autres, sans oublier Rousseau à Genève.

Ont été attirés d'Auvergne les Arlaud à Genève et Orbe, les Clément à Cuarnens (de Clermont-Ferrand) et à Vallorbe (du Nivernais), les Dissard à Morges (Puy-de-Dôme), les Fougereux à Bursins, les Nicolas à Orbe, les Pauroux à Belmont, les Plotet à Lausanne. Et encore les Sarasin à Orbe (d'autres, Genevois, sont venus de Bourgogne), les Pialoux, les Violon, les Sigot, les Champendal à Ballens, les Benoit à Juriens (ceux de la vallée de Joux sont de souche vivaraise).

La Romandie a accueilli de très nombreux réfugiés huguenots du Dauphiné, dont l'assimilation a été facilitée par la parenté ethnique. Ainsi, à Genève, les Archinard (de Montélimar), Archimbaud et Archambault, les Gaulis (1555) et les Barde (de Valence), les Livache, Virieux (lieu-dit), Eynard (1686, de La Baume), Reverdin, Empeytaz, Gos et Vincent, les de Beaumont (autrefois Bouthillier), Darier, Boissonnas, Tavan et Liotard, les Rivier (1696, de Saint-Paul-Trois-Châteaux), Clavière (de Serres) et Audéoud (de Saint-Laurent).

Neuchâtelois d'origine dauphinoise, voici les de Perrot (1562), Suchard et Farel. Le Nord vaudois a reçu les Audemars (Le Chenit 1672), Froment, Baridon, Bonnet (Yverdon 1687, de La Mure), Bertrand et Buisson (Orbe, de Nyons et Pont-en-Royans), Portefaix et Lambert (Yverdon), Roquier et Tholozan (Orbe, 1703 et 1768). La Tour-du-Pin a envoyé en pays de Vaud les Ansermet (La Tour-de-Peilz 1742) et des Clavel (Vevey 1890); et Die-en-Dauphiné les de la Motte à Vevey et les de la Morte à Rolle, les Lacombe à Begnins, les Noir à Lausanne et les Dedie. Les Arthaud de Dully sont venus de Beaufort; les Béranger (Lausanne) et Bérengier (Vevey) de Beaumont, de même que les Reynier de Vevey (1701), variante neuchâteloise de Reynier; si les Reignier de Rolle sont dauphinois, ceux de Romainmôtier sont nîmois, avec une branche germanisée à Zofingue (AG) en Ringier.

Du Valentinois sont venus les Mennet de Lausanne (ceux de Lutry sont de souche savoyarde), Bérard de Vevey, Chabanel de Bremblens, Chambos de Prilly, Creux et Poudret de Lausanne. De Grenoble, voici les Bonnard de Nyon (1763), les Févot et les Favet. La Mure a donné les Barnaud à Lausanne et les Richard à Vevey. Les Baup de Vevey et les Boutillon de Féchy sont de Mens, les Bauty d'Aigle sont de Vienne en Dauphiné. Parmi les Dauphinois, citons les Chave de Lausanne, les Veyrassat et Tapernoux de Vevey, les Vernet de Prilly (ceux de Rolle sont cévenols), les Sauvet, les Roux de Morges et Moudon, les Ruynat de Rolle et les Rosin d'Aubonne, les Duvillard de Coppet et les Devillard. Voici encore les Bernus, Centurier, Rolland, Moulin et Oboussier à Lausanne; les Pascal et Pascalin à Rolle, les Pellegrin et les Odelet à Coppet, les Maurel, Maurin et Morin à La Côte, les Nicaty ou Nicati à Moudon (1462), les Besson à Cronay; et puis les Briard de Tannay, Brun de Senarclens (mais les Brunet sont de souche savoyarde), Cherpinet de Prilly et Chevalier de Cossonay.

Des Hautes-Alpes (Queyras), le Léman a adopté les David (Jouxtens), les de Vasserot (1699) et les Fazy à Genève. Déjà occitans, les Tronchin genevois sont venus d'Avignon. La Provence nous a envoyés les Boyer (Rolle), les Ferrand (Lutry, de Manosque), les du Puget (Yverdon 1618) et les de Beausobre (Genève XVIe, Morges 1675, d'un lieu-dit de Guyenne).

Au sud de l'ancien Royaume de Bourgogne, le Vivarais et les Cévennes ont noué d'étroits rapports avec la Romandie dès la Réforme. De grandes familles vaudoises, genevoises et neuchâteloises sont de sang vivarais, comme les Chevallaz de Montherod, les Ruey de Gland, les Chinet de Rolle, les Masmejan de Lausanne (Vans); de même que les Astruc, de Montrond, Descombes (de Privas), Baldy et Bardet lausannois, les Mirabaud, Ferrier, Terrisse et Johannot genevois. Originaires aussi du Vivarais, les Dusserre de Renens et les Félix de Moudon, les Desgiron d'Orbe et les Béraud de Vevey, les Gardel et les Fraisse de Lausanne, les Grailler de Rolle, les Menet d'Yverdon et les Sallier de Morges.

Des Cévennes et du Gard ont débarqué les Naville genevois, les Parlier de Bex et Ollon, les Larguier d'Orbe et les Larguier des Bancels de Genève (1794) et Morges; et encore les Leblanc de Lausanne, les d'Albenas et les André de Rolle (de Nîmes), les Agier d'Aubonne (Gévaudan). Rappelons aussi les Boissier de Genève (1695, de Sauve) et les Alméras de Vevey (d'Anduze), les Bouet, Bresson, Brousson et Cabrol de Nîmes, les Combernoux ou Combernous (du Vigan), les de Lom de Vevey (Alès), les Develey de Vaulion et Velay d'Orbe (du Velay). Enfin la famille neuchâteloise de Pourtalès, arrivée des Cévennes.

Entre Auvergne et Languedoc, le Rouergue est la terre d'origine des de Polier, passés de Villefranche à Lausanne en 1575, et des de Coulon, venus de Cornus à Neuchâtel en 1767; un coq et un pigeon rendent leurs armoiries parlantes. A Sainte-Affrique se trouve la souche des Boulogne de Prilly et des Brandoin de Vevey. Et à Millau celle des Mercier de Lausanne (1768), des Chabaud et des d'Albis de Pully. Les Gély de Lausanne, les Tournemire de Lutry (d'un lieu-dit du Cantal) et les Buscarlet de Genève sont aussi des émigrés rouergats.

Du Languedoc sont issus les Alibert de Lutry et les Ausset de Vevey. Les Baron de La Tour-de-Peilz, les Bruel de Lausanne et les Du Peyrou de Neuchâtel sont venus de Montpellier. Languedociens encore, les Fontannes et Fontannet lausannois et Fontanès rollois; les Hermès de Genève (de l'occitan herm, erm, lieu désert), Gourdou de Lausanne. Un lieu-dit de l'Aude explique le patronyme de Montolieu, devenu lausannois. Les Louradour et les Lozeron neuchâtelois sont aussi originaires du Languedoc. Tout comme, à Genève, les Privat, Gourgas, Coutau, Souvairan, Achard, de Claparède et Cannac (de La Canne en Albigeois, devenus seigneurs d'Hauteville, près de Vevey).

Jusqu'au 21 août, Charles Montandon parle de l'immigration patronymique en Suisse romande depuis l'ancien royaume de Bourgogne.