Le Bas-Valais, le Pays de Vaud et la Haute-Savoie ont en commun une histoire gauloise, romaine et savoyarde. L'articulation en est toujours la «tête du lac» Léman: en celtique Pennelocum, nom de la région de Villeneuve au temps des Séduniens, des Helvètes et des Sabaudes; en latin Caput lacis, c'est-à-dire notre Chablais qui va de Thonon à Vevey et à Martigny. Au fil des siècles, des relations s'y sont nouées sous la garde de l'abbaye de Saint-Maurice et du château de Chillon. C'est ainsi que la famille valaisanne de Lavallaz est venue de la seigneurie de La Valla, près d'Evian. Les de Bons, arrivés au XIIIe dans le Bas-Valais, étaient originaires de la localité de Bons, près de Thonon.

Les Orsat des alentours de Martigny (du latin ursus, ours) sont aussi des Valaisans de souche savoyarde. De même que les Cassaz, du celtique cassanu, chêne. La famille Deferr, venue du Chablais savoyard dans la région de Monthey, a une barre de fer dans son blason. Les Ducrey valaisans doivent leur nom au hameau du Crey, à Sallanches (Faucigny). Les Dubulluit sont issus d'un lieu-dit savoyard Bulluit (du vieux français buil, bief) et, par un prénommé Henri, ont formé une branche Exhenry dans le Bas-Valais. Un lieu-dit Seytoux, dans le Chablais savoyard (du latin secator, patois saitau, coupeur, faucheur), explique le nom de la famille Cettou, qui porte une faux dans ses armoiries devenues valaisannes.

Les Marclay de Monthey ont leurs racines à Marclay, localité proche de Thonon, ou à Marclaz, lieu-dit de l'ancien Genevois savoyard, près de Seyssel. Autres Valaisans de souche savoyarde, les de Quartéry se sont d'abord appelés Quartier. Même ascendance pour les de Cocatrix de Saint-Maurice, dont le nom désignait en vieux savoyard un œuf pondu par un coq pour donner naissance à un dragon. Les Delseth de Monthey se sont précédemment appelés Delseti ou Delsette dans le Chablais savoyard. Migration semblable pour les Masserey et les Dénériaz valaisans; ce dernier patronyme (autrefois Denarié en Savoie), qui vient de noix, noiseraie, a des variantes dans l'Est vaudois: Dénéréaz, anciennement De Noerea, à Chardonne (1311), et Denoréaz à Aigle (1584). L'origine est encore savoyarde pour les Decorzent chablaisiens, pour les Depeursinge vaudois (Bière 1302, de Presinge, dans l'ancienne région du Genevois), pour les Gapany fribourgeois. Le patronyme gruérien Ruffieux est semblable au toponyme Ruffieux, dans la région de Chambéry.

Uni plus que séparé par le Léman, le Rhône et les Alpes, le Chablais a été divisé en trois parties (savoyarde, valaisanne et vaudoise) par le recul des ducs de Savoie devant la Berne protestante et le Haut-Valais épiscopal (à Sion, le conflit a donné naissance aux familles Évêquoz et Duc, l'une tenant pour l'évêché et l'autre pour le duché).

Vous verrez des Chappaz dans le Bas-Valais comme en Haute-Savoie, des Coquoz à Salvan et des Coquaux sur le versant français. Les Gay-Couttet sont une alliance de Gay valaisans et de Couttet chamoniards. On trouve des Rappaz à Saint-Maurice/VS et des Rapaz à Bex/VD (1308). Des Deladoey vaudois (Aigle 1402 et Yvorne, du hameau de La Doy, à Corbeyrier) et des Deladoëy valaisans (du lieu-dit La Doey, à Vérossaz), ces noms venant du patois chablaisien douai, canal. Des Carupt vaudois (Ollon 1437) et des Carrupt valaisans avec une forme «italianisée» Carruzzo (Leytron).

Il y a des Grept valaisans et des Grept vaudois (Gryon 1591, Bex). Des Nicolier et Nicollier vaudois (Ormonts 1441) et également valaisans, des Nicollerat vaudois (Bex 1433) et des Nicolerat valaisans, des Vallotton vaudois (Vallorbe 1495, du Jura français) et des Valloton valaisans. Les Matthey du Jura vaudois et neuchâtelois ont engendré des Mattay dans le Chablais vaudois et des Mathey en Valais.

Les de Preux de Sion ont leurs racines à Vevey: deux frères Proux changèrent leur nom en Preux en émigrant du Pays de Vaud en Valais pour épouser deux sœurs Platéa. Les Doges ou Doge de la région de Saint-Maurice partirent pour Oron (1437) et Vevey (1490). Des Carron de Bagnes devinrent bourgeois de Montreux. Des Cropt valaisans déménagèrent à Ollon/VD en 1437, avec un rameau Croptier à Exergillod. De la partie aujourd'hui fribourgeoise de l'ancien Pays de Vaud savoyard, plusieurs familles ont émigré en Valais: les de Chastonay (Sierre) et les Pont (Saint-Luc), qui doivent leur nom aux villages de Châtonnaye et de Pont-en-Ogoz.

Après la Réforme, des Troillet d'Orsières/VS ont émigré à Henniez/VD en 1597, en modifiant leur nom en Trolliet. Des Blondel de Martigny se sont installés à Villette-Lavaux (1538). Des Marguerand de Loèche et des Silvestre du val d'Illiez ont passé à Aigle au XVIle. De part et d'autre du Léman, on trouve des Pachoud valaisans à Saint-Gingolph et des Paschoud vaudois à Villette (1426) et Lutry (1567). Aux de Rivaz (rive valaisanne de Saint-Gingolph) répondent des Rivaz (Montreux) et des de Ryvaz (Rolle) de la rive vaudoise du lac.

Sur le versant italien des Alpes pennines, la famille de Savoie possédait la vallée d'Aoste et exerçait une influence croissante sur le Piémont. Cette présence explique les liens unissant la vallée d'Ossola à la Romandie. A la sortie sud du tunnel, Iselle-Trasquera et Varzo ont donné, dès le XIXe siècle, de nombreuses familles au Valais et au canton de Vaud. Ainsi les Treina, les Trivelli, les Alvazzi, les Castelli, les Piolino, les Salina, les Savio, les Gatti, Giovanni, Fame et Fama.

Entre Domodossola et Verbania, les villages de Mergozzo et de Nibbio ont envoyé les Mergozzi à Echallens, les Nibbio à Sévery, les Cerruti ou Ceruti à Cossonay. Les Cardis (Lausanne 1895) sont venus d'Orta, près de Stresa. Parmi les patronymes de langue italienne et de vieille implantation en terre valaisanne, citons Travelletti et Tamborini; Valentini, Trincherini, Bianco et Bianchi à Conthey; Giovanola et Multone à Monthey; Squaratti et Scotton, Archimi et Albasini, Verasani et Vaisecchi, ainsi que Comina (z) à Bramois. Mentionnons encore Gentinetta (Haut-Valais) et Glanadda, Noti à Eisten et Dini à Charrat, Rossini à Aproz, Catalano et Bernasconi, Tacchini, Rovini et Morganella, Pacozzi, Planzola, Providoli et Previdoli. De nombreux noms sont piémontais, certains francisés, comme Cavelli en Cavé. C'est aussi le cas de Martinella, de la province de Novare en pays vaudois. Celui-ci a accueilli, comme le Valais, des Martinelli, des Pellegrini et des Pellegrino. Sans oublier les Colombo de La Tour-de-Peilz (1899), les Gamboni, les Cordone, les Bonamici, les Ghelfi de Lavigny, les Masnata arrivés de Gênes à Coinsins et Bettens (1887).

Jusqu'au 21 août, Charles Montandon parle de l'immigration patronymique en Suisse romande depuis l'ancien royaume de Bourgogne.