La Bourgogne dite transjurane a marqué les débuts de la Romandie, les rois burgondes ayant fait du Jura la colonne vertébrale d'un pays s'étendant du Morvan aux Préalpes. Il y eut la mythique reine Berthe à Payerne, les moines défricheurs de Bonmont, Romainmôtier et Bellelay. Mais la défaite du duc Charles le Hardi à Grandson et à Morat sonna le glas de la grande Bourgogne, héritière de la Lotharingie. Les Vaudois étant au nombre des vaincus, la vieille Helvétie gallo-romaine fut réduite à un rang secondaire dont elle n'est plus sortie.

Genève a reçu de la Bourgogne Théodore de Bèze, les Hurt-Binet (1596), les Lamunière (des outils de meunier dans les armoiries). Le Pays de Gex et la Bresse lui ont envoyé les de Choudens, les Treffort, les Dustour, les Ferney et les Fernez (les Fernex et les Ferraz étant venus de Lugrin et de Chilly, en Savoie). La Franche-Comté a donné au Valais les Mévillot, les Olsommer (par Neuchâtel); une même souche franc-comtoise est à l'origine des Gabus neuchâtelois et des Gabbud valaisans. On trouve à Fribourg comme en Bourgogne des Macherel et des Macheret. Plusieurs familles neuchâteloises sont de souche bourguignonne, comme les Divernois ou d'Yvernois (d'Autun) et les de Chambrier (de Traves; un ancêtre du nom de Girardin donna un chambrier à la famille comtale de Neuchâtel). Venus aussi de Bourgogne, les Py et les Quartier des Brenets. A la fois Bourguignons et Francs-Comtois, les Perregaux et de Perregaux descendent d'un nommé Pierre Regaux. Même origine pour les Courvoisier neuchâtelois, puis du Nord vaudois, et les Crevoisier et Crevoiserat jurassiens, dont le nom vient du vieux français corvis, cuir de Cordoue, patois corvisier, corvoisier, cordonnier. De même que pour les Bréguet, ancêtres de l'horlogerie.

Quatre des principales familles fondatrices du Locle venaient de Franche-Comté: Matthey (avec une branche vaudoise du XVe et une variante Mathey), Sandoz (avec rameau anobli de Sandol-Roy), Montandon (du village de Montandon), Huguenin et ses nombreuses branches. Francs-Comtois encore, les Sancey; une branche s'appelle Descoeudres pour s'être fixée au hameau des Coeudres et une autre a passé dans le Moratois fribourgeois; les Piaget, les Bobillier, venus du val de Morteau au Val-de-Travers. Ajoutons les Maire neuchâtelois (avec des branches Jean-Mairet et Jeanmairet dans la vallée des Ponts-de-Martel) et vaudois (Vaulion 1560, de Saint-Antoine, Doubs), et des Lemaire genevois de Salins.

Le Jura vaudois a lui aussi été «colonisé» par les Francs-Comtois. Citons à Sainte-Croix les Junod (1397), également Neuchâtelois, les Bornand (1397) et les Corbet. A Vallorbe les Vallotton (1495), avec une variante valaisanne Valloton; et les Grobet (1403) et Grobéty, dont le nom signifie «souche» en franc-comtois. A Baulmes les Eternod (1375), arrivés du village d'Eternoz, et les Ravussin (1570). Ballaigues, pour sa part, a reçu les Besançon (venus de la capitale franc-comtoise en 1521), avec des variantes Besençon, Bezençon, Bezançon, Bezencenet et Besancenet; les Leresche (1572, de Saint-Antoine) et les Laffely.

La vallée de Joux est une pépinière de Francs-Comtois. Innombrables Rochat ou Rochaz (1480) venus aussi de Villedieu. Et les Piguet (de Montbéliard, 1325), les Meylan et Mayland (1370); les Capt (1550) et leur rameau morgien Catt, les Cart (1578, de Mouthe); les Mercet (de Mouthe) avec des formes Merçay et Mercey; les Mignot (de Salins-les-Bains); les Berney (1492) des Rousses, des Longchamp (de Mouthe). Certaines familles, après s'être implantées à la vallée de Joux, ont poursuivi leur route vers Vaulion: les Guignard (1535-1548), les Reymond (1370-1540).

Les Nicod de Malapalud sont originaires de Saint-Claude, comme les Thybaud de Moudon. Les Mouthe et les Mouthod sont venus de Mouthe, dont ils portent le nom. Orbe a accueilli les Robaz de Jougne. Du Jura français voici encore les Fornachon de Morez, les Gusthiot du Doubs, des Forestier, les Bonnefoy, Damond et Reverchon (des Rousses-Bois d'Amont), les Garessus, les Paget (des Dappes). Emigrés de Bourgogne, voici de même les Brochon et les Verrey, les Magnin-Bégoz de Lutry, les Dautun (d'Autun), les Tinard (du Mâconnais), les Viridet, les Coffin, des Jaquet, Jaquier, Jacquier (par Morteau) et Clerc, les Forney et Forneret (Beaune), les Buffet de Cossonay, les Champeau et Champeaux d'Aubonne (Châlon-sur-Saône), peut-être les Lasserre (s'ils ne sont pas du Midi). De Montbéliard, voici les Peitrequin de Lausanne, les Mercier d'Orbe, les Jacot de Bussy-Morges.

Les Vaudois de souche bressane et gessienne sont nombreux. Ainsi les Braissant, les Biaudet de Rolle (venus de Divonne), les Grenier de Vevey (1679), les Bernard, les Bertholomez et les Bourgeois d'Orbe, les Béard (de Lavours en Bresse), les Caboussat ou Cabussat nyonnais, les Comte d'Aubonne, les Bombernard de Gland, les Bozonet (de Thoiry). De même origine, les Cusin de Lutry, les Verchère, les Roger et les Germain de Nyon, les Rousseau de Rolle, les Jaquemet et les Crochat, tous du Pays de Gex. De l'Ain et de la Bresse, les Debluë de Founex (venus d'Arberaz), les Delafontaine de Corsier, les Finaz (venus de Grilly), les Etier, les Moinat montreusiens (de Poncin), les du Mont de Combremont, les Trembelland de Nyon (de Crozet), les de Loriol de Cossonay, Etoy et Genève (à Agnières en Bresse dès 1335). De l'ouest de la Bourgogne sont issues les familles Chalumeau (Genève, de Corbigny en Nivernais), de Vallière (Genève et Moudon 1790, de Moulins en Bourbonnais) et Delay (Provence/VD 1689, de la Loire).

De Lorraine nous sont venus les de Saussure (Lausanne 1552, Genève 1635), arrivés de Saulxures-Epinal; de Hennezel (Yverdon 1574) signalés en Lorraine dès 1392, et de Roulet (Les Ponts-de-Martel 1560) en Lorraine dès 1429; de Morlot, Aubonne 1751, et de Balthazard, Nyon 1671; Claudet et Navelot à La Côte (VD).

Les L'Huillier de Prilly et Genève (1733, de Sainte-Marie-aux-Mines) sont d'origine alsacienne. Et la Romandie a reçu de Champagne les Bessières à Lausanne et les d'Arcis à Genève; les Troyon (1572) et les de Rameru ou Derameruz (1669) vaudois, qui doivent leur nom aux villages champenois de Troyon et de Ramerupt; les Dortu nyonnais (1788) et les Bovand rollois (1580, d'Apremont); les Buvelot morgiens (1677, de Condé en Barrois) et les Flournoy genevois (des chatons ou «fleurs de noyer» dans les armoiries).

Jusqu'au 21 août, Charles Montandon parle de l'immigration patronymique en Suisse romande depuis l'ancien royaume de Bourgogne.