Un général est un général. Un rien tautologique? Prenons un autre exemple: une femme est une femme, et là, tout de suite, évidemment, on perçoit les nuances, on admet qu'Anna Karina est Anna Karina, mais aussi Angela, et donc qu'une femme n'est pas forcément celle qu'on imagine. On s'éloigne. Visons plus près, dans la même veine, celle des grands serviteurs de l'ordre: un flic est un flic. Là, nous sommes tous d'accord. Oui? Ou presque. Encore que. Imaginez que vous êtes dans un commissariat, qu'on vous accuse d'avoir volé une cerise, ce que vous niez, et qu'on veuille vous faire cracher le morceau (en fait, le noyau que vous avez encore dans la bouche). Deux flics se relaient à votre chevet afin d'obtenir de vous des aveux. Eh bien, vous faites une différence entre le premier qui non pas cogne, car jamais on ne se permettrait ce type de méthode dans un commissariat (du moins en France, pays des droits de l'homme), mais disons, incite l'interrogé par le geste à dire ce qu'il a fait de cette satanée (car en France au pays de Voltaire et d'Hugo on surveille son langage) cerise, et le second qui gentiment passe la pommade, car le geste joint à la parole du premier a été un peu trop, non brutal, car en France et cetera, mais maîtrisé un poil trop tard, d'ailleurs le premier s'est excusé tandis qu'il enroulait d'une bande Velpeau sa main foulée en jurant que ça n'allait pas se passer comme ça, c'est-à-dire, sans doute, qu'il ne renouvellerait plus cette erreur d'appréciation de distance. Et c'est vrai qu'on a plutôt envie de dire à celui qui passe la pommade ce qu'on a fait de la cerise au lieu qu'avec l'autre on risque de s'entêter, ce qui n'est jamais bon pour le physique. De sorte qu'un flic reste un flic.

Et un général? Si l'un a gagné ses galons en massacrant, l'autre qu'on ferait maintenant passer pour un peace-maker, était-ce au tir au pigeon d'argile? Qu'est-ce qui différencie un général faucon d'un général colombe? L'un frappe, l'autre arrête de frapper? Ce qu'ils appellent communément la guerre et la paix? Les deux seuls états qu'un esprit militaire connaisse. Ce qui, appliqué à la vie comme elle va, infiniment plus politique, qui combine d'autres paramètres, devient: la paix c'est l'ordre et la guerre le désordre (et l'ordre idéalement le couvre-feu, cet état baudelairien où aucune ligne ne bouge). Ce qui n'apporte pas grande réponse à la seule question dont dépende l'avenir: comment vivre ensemble. Vous voulez dire la vie de caserne? Pas seulement, mon (formule) général. Imaginez qu'il y ait de la vie en dehors du cantonnement. Manquerait plus que ça, des petits gars faisant le mur? Ce qu'il ne peut concevoir. Pas plus qu'un fonctionnaire les tourments d'un petit commerçant. Le discours sur la méthode du général est comme sa dialectique, binaire et tranchée, c'est-à-dire qu'il propose de découper les rues, de faire passer les frontières au milieu des chambres à coucher, de construire un mur, de creuser un tunnel, de couper le sol en tranches, les métisses en deux, de tailler dans l'air et dans l'eau. Pour discuter de la paix il exige au préalable la paix. La vie, il la met au pas. Les histoires de guerre en général finissent mal.