Euh, évidemment, je ne voudrais pas avoir l'air d'insister, ressasser, retourner le couteau dans la plaie béate (bien, béate), au risque de m'attirer des commentaires du genre bon ça va, on a compris, on n'est pas sourd, il est peut-être temps de passer à autre chose, sans doute, on comprend l'agacement, mais enfin, quitte à paraître désobligeant, les faits sont là, et je dirais même la puissance mathématique des faits, et un et deux et trois à zéro, mathématique élémentaire à première vue, reposant en fait sur un quatre-deux-quatre savant, voire quatre-cinq-un, ce qui fait qu'au total, we, les vingt-deux, are the champions, et même of the world. Même si, à dire vrai je n'ai rien vu, devant l'insoutenable, proposant à ma fille de cinq ans une partie de cartes dans la pièce voisine, porte fermée pour ne pas entendre la rumeur du téléviseur et les crescendos anxiogènes de Thierry Roland, tandis qu'entre nous la bataille faisait rage, entre deux as, que nous recouvrions d'une carte retournée, et comme je m'étonnais de ce troisième as qui soudainement sortait de son jeu pour empocher le tout, accusant mon adversaire d'avoir triché, qui profitait de mon inattention, de mon esprit occupé à décoder les variations sonores à travers la cloison, l'impudente, comme je la menaçais du carton rouge si elle n'avouait pas son forfait, m'expliqua, les larmes au bord des yeux, un quasi-sanglot dans la voix, que, oui, j'ai triché mais si je triche c'est pour gagner.

J'appréciai sur-le-champ l'impeccable logique, et n'étant pas en état de me lancer dans une leçon de morale, comme sur ces entrefaites, à l'onde lamentable qui venait d'ébranler tout l'immeuble je pressentais une catastrophe – on venait d'expulser Dessailly, Thierry R. se félicitant vraisemblablement de l'impartialité de l'arbitrage –, je lui proposai une revanche. (A propos de triche, dans un souci de transparence, et de manière à contribuer à la lutte contre le dopage qui ne touche pas que les coureurs cyclistes puisque Bernard Kouchner, qui est quelque chose à la Santé, a déclaré que nous étions tous responsables, j'avoue que, juste avant l'ouverture de cette parenthèse, je me suis levé de ma table de travail pour filer à la cuisine avaler quatre carrés de chocolat).

D'ailleurs, question dopage, il conviendrait peut-être de contrôler notre Charles Pasqua, l'auteur des lois du même nom qu'on ne peut soupçonner de complaisance envers les candidats immigrés, lequel, suite à l'overdose du trois-zéro, déclara que la seule façon de régler le problème des sans-papiers c'était de tous les régulariser. Ce qui relève aussi de la saine logique, mais pour vous donner une idée de notre étonnement, c'est comme si le pape publiait une encyclique en faveur de l'avortement. Ce qu'on appelle un retournement de situation. Ce qui démontre que tout le pays, au soir du 12 juillet, a été retourné. Et voilà pourquoi Zidane est grand, qui a trouvé en Pasqua son inattendu prophète. (Et hop, deux cuillerées de Nutella.)