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En quatre albums publiés entre 2000 et 2011, Guy Delisle s’est imposé comme un des grands noms du BD-reportage francophone.
© Miguel Bueno / FIFDH

Festival 

Chroniques meyrinoises

A Genève, le FIFDH expose un travail de BD-reportage réalisé par les étudiants de la nouvelle Ecole supérieure de bande dessinée et illustration sous la direction du Québécois Guy Delisle

Le Festival du film et Forum international sur les droits humains (FIFDH) offre à voir des réalités lointaines, éclaire des problématiques qui demeurent trop souvent cachées. Dans le cadre de sa 16e édition, qui se déroule à Genève et environs jusqu’à dimanche prochain, il propose également une immersion… à Meyrin. Mis sur pied avec la toute nouvelle Ecole supérieure de bande dessinée et illustration de Genève (ESBDI), le projet «Meyrin, du réel au dessin» a été encadré par Guy Delisle. Les seize étudiants qui constituent la première volée de l’ESBDI ont bénéficié des conseils du dessinateur québécois pour réaliser des BD-reportages qui sont exposés à la fois dans la cour de l’Espace Pitoëff, cœur du FIFDH, et à la villa du Jardin botanique alpin de Meyrin.

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Guy Delisle a passé deux fois une semaine avec les élèves. La première était destinée à cerner les idées, la seconde à les développer. «On a commencé par se balader à Meyrin, où on nous a montré et expliqué tout ce qui s’est passé au niveau historique, culturel et géographique, raconte le dessinateur. C’était un bon terrain pour aller chercher des idées. Je suis ensuite intervenu quand ils avaient déjà couché leurs idées sur papier; je lisais les premiers jets, leur faisais part de ma vision personnelle, leur proposais par exemple d’inverser des informations. Et à côté de ça, je leur ai montré comment je travaillais, comment j’abordais mes récits de voyage. J’ai essayé de me mettre à la place d’un étudiant, de me demander ce que j’aurais aimé qu’un prof m’apporte.»

Balades les mains dans les poches

En quatre albums publiés entre 2000 et 2011, Guy Delisle s’est imposé comme un des grands noms du BD-reportage francophone. Mais là où l’Américano-Maltais Joe Sacco travaille à la manière d’un journaliste, sa formation de base, le Québécois – dorénavant installé à Montpellier – est plus dans une démarche d’observation. Shenzhen et Pyongyang ont été publiés à son retour d’Asie, où il travaillait dans l’animation; Chroniques birmanes et Chroniques de Jérusalem ont plus tard été réalisés lors de longs séjours imposés par les missions de sa compagne, employée de Médecins sans frontières.

«A Jérusalem, par exemple, je me promenais dans les rues les mains dans les poches, et quand il y avait une anecdote que je trouvais drôle, je la notais. Un journaliste ne peut pas faire ça. Et outre, j’aime les endroits qui sont calmes. Je ne me verrais pas aller dans un lieu où une bombe a sauté afin d’en témoigner comme le ferait un reporter. Je parle d’un contexte général, je n’explique pas Jérusalem, je montre ce que j’ai vu et compris, c’est très subjectif.»

Guy Delisle explique travailler à partir de notes prises sur le vif. «Je tourne les pages, je choisis ce qui me paraît le plus intéressant, et au final ça ressemble à un immense collage, à une sorte de carte postale que j’enverrais à ma famille pour leur expliquer ce que j’ai vécu pendant une année. Ce n’est pas structuré dans l’ensemble, ça se fait au fur et à mesure.» Une «méthode» qu’il a transmise aux apprentis dessinateurs de l’ESBDI en leur conseillant d’explorer leur propre langage.

Au moment de découvrir le résultat final, il se dit ravi de découvrir des planches à l’image de ce que peut offrir le BD-reportage, «avec des choses très légères et cocasses, d’autres plus poétiques ou fantaisistes, et d’autres beaucoup plus dans le réel; mais toujours basées sur ce qu’ils ont vu et observé.»

«Mauvais père», la suite

Et l’observation mène à tout: Guy Delisle s’apprête à publier en juin le quatrième tome de son Guide du mauvais père, fruit des heures passées à la maison avec ses enfants. «Je ne pensais pas que je ferais autant d’histoires avec ça. J’avais commencé sur mon blog, et comme des papas m’écrivaient pour me dire qu’ils se reconnaissaient, j’ai continué.»

FIFDH, Genève et région, jusqu’au 18 mars. «Meyrin, du réel au dessin», expositions au Cairn de Meyrin et à l’Espace Pitoëff.


«Guy Delisle nous a guidés»

Sophie Morand et Douglas Büblitz font tous deux partie de la première volée d’étudiants de la toute nouvelle Ecole supérieure de bande dessinée et illustration de Genève. Vendredi dernier, peu avant l’ouverture officielle du FIFDH, ils découvraient dans la cour de l’Espace Pitoëff les panneaux au format mondial présentant les BD-reportages qu’ils ont réalisés, avec leurs quatorze camarades, sous la supervision de Guy Delisle.

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Les deux élèves dessinateurs ont choisi, à l’instar du Québécois, de se mettre en scène, de se faire narrateur de leur récit. Sophie Morand raconte, dans Le Jardin alpin, la découverte du jardin botanique de Meyrin; dans Béton, balade et blizzard, Douglas Büblitz évoque quant à lui un futur écoquartier. «Lors de notre première excursion à Meyrin, j’ai été étonné de savoir que le village avait été créé il y a cinquante ans seulement, explique ce dernier. Il a ensuite beaucoup changé avec la construction d’énormes bâtiments, et c’est ce qui m’a intéressé. En plus de parler d’architecture et d’urbanisation, j’ai aussi décidé de montrer cette première journée où j’ai fait le tour de Meyrin, une journée un peu spéciale parce qu’il grêlait incroyablement fort, qu’il y avait beaucoup de vent et que je ne comprenais pas pourquoi j’étais sorti. Je me suis dit que cela apportait un peu d’humour.» Une petite histoire dans la grande.

Récits contemplatifs

La démarche de Sophie Morand est la même: «Ce que je trouvais intéressant, plutôt que de n’avoir que des informations factuelles, c’est de faire comme Guy Delisle, de raconter aussi notre découverte de Meyrin.» La jeune fille évoque ainsi, au détour de deux cases, des araignées aperçues au plafond d’un espace culturel ou des madeleines mangées avec gourmandise. «Les gens qui vont au jardin se baladent comme nous l’avons fait, c’est un bon moyen de parler aux lecteurs. Ne pas devoir chercher une intrigue de fiction permet de proposer des choses apaisantes à lire.»

La manière dont les deux étudiants ont dessiné de délicats récits contemplatifs évoque également l’approche du Japonais Jirô Taniguchi (Quartier lointain, L’Homme qui marche). «Guy Delisle nous a guidés, nous a conseillés sur la manière d’approcher notre thème. Après, cela s’est fait un peu tout seul», résume Douglas Büblitz.

(S. G.)

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