«Sans vouloir mégoter, ma vie ne tient plus qu'à un filtre.» Pour qui a été en prise avec un sevrage de nicotine, ce couplet d'Aldebert pourra être sérieusement chiqué en chœur. Tirée de L'Année du singe, son troisième album paru le mois dernier, une chanson comme «La complainte de l'ex-fumeur» se fond bien dans le répertoire malin de ce Français à la langue bien pendue. Fin observateur des mœurs contemporaines, chroniqueur de petits rien qui en révèlent beaucoup, Aldebert a trouvé sa voie entre Fersen, Bénabar et Delerm. Ses formules ironiques scrutent l'air du temps autant qu'elles se remémorent les tumultes adolescents. Un univers de franches rigolades, de rires jaunes et de légers désenchantements aussi, qui prend à la scène des dimensions extravagantes ou fanfaronnes sur fond de musette, de jazz rétro et parfois d'airs latinos.

Auteur-compositeur et chanteur à temps partiel, porteur d'un baccalauréat photo, Aldebert partage assurément avec Bénabar l'art du cadrage et une trentaine bien entamée. Et avec Delerm, par extension Souchon, le recours à quelques clins d'œil culturels. Si L'Année du singe ne recèle aucune trace d'astrolâtrerie chinoise, l'opus charrie une constellation de chansons contemplant cette lumière que voudrait être l'Homo sapiens. Aldebert se fait donc une joie de pointer ses petits travers.

Illusions contrariées

Par le biais d'instantanés chantés dignes parfois d'un opuscule sociologique, il épanche ses humeurs goguenardes, mouche des états d'esprit aveuglants. «Le bébé» et «Adulescent» offrent ainsi deux regards oxygénants: aux yeux d'Aldebert, le «divin enfant» d'un couple d'amis se mue en poupon envahissant une fois transbahuté pour la soirée dans son salon; alors que l'enfance récupérée de plusieurs générations affiche ses stigmates ridicules chez une ascendance «un peu adulte, un peu ado […] Entre deux âges, entre deux eaux». A ces moments persifleurs se greffent aussi des chansons aux atmosphères emplies d'amertume, de fantasmes ou d'illusions contrariées.

Croisé il y a quelque temps sur un album en hommage à Thiéfaine, Aldebert semble en tout cas s'être débarrassé de quelques pesanteurs d'écriture qui encombraient Sur place ou à emporter, son précédent disque. Une belle manière peut-être aussi de signer l'épilogue d'un cycle en voie d'essoufflement, celui des chanteurs des plaisirs et déconvenues minuscules.

L'année du singe (Note A bene/Disques Office) Aldebert en tournée: au Manège d'Onex (GE) (tél. 022/879 59 99). Je 18 et ve 19 nov. à 20h30. Théâtre de l'Echandole, Yverdon (tél. 024/423 65 84). Sa 20 nov. à 20h30. Espace culturel Rennweg, Bienne (tél. 032/322 77 78). Je 25 nov. à 20h30.