Il y a quelque chose de Gabriel García Márquez en Chucho Valdés. L'œuvre prométhéenne du Colombien célèbre les splendeurs surannées, les grandes pompes, les beautés blasées. En filigrane, une Amérique latine aussi décadente que majestueuse. La musique de Valdés porte elle aussi les traces d'un Cuba révolutionné. La légende veut qu'avec Fidel Castro, il est peut-être l'un des deux hommes les plus puissants de La Havane. Fondateur du collectif Irakere, maître à penser de la salsa new-yorkaise, chaman du piano, Chucho Valdés navigue dans ce monde, heureux comme Ulysse.

Chronique d'une gloire méritée. Le petit Chucho, né en 1941, commence à tâter du clavier vers 3 ans. De ses amours partagées pour la musique populaire et le jazz naît en 1973 le légendaire Irakere. Valdés invente un jazz cubain au style incantatoire. Comme si enfin le jazz renouait avec un animisme latent, terreau des mystiques afro-cubaines.

Chucho Valdés garde toujours un pied ici-bas et un autre dans l'univers de ses idoles défuntes. En premier lieu, Duke Ellington. Il faut écouter la reprise de Caravan sur son dernier album, Bele Bele en la Habana (Blue Note, dist. EMI), pour s'en convaincre, où l'on croit voir apparaître le Duke dans les cannes à sucre.

A Montreux le concert s'annonce éruptif. Valdés a choisi de se faire accompagner d'un septet et d'inviter Michel Camilo. Autre prodige du piano fusionnel.

Chucho Valdés en concert ce soir au Montreux Jazz Festival dès 21 h.