Cinéma

«La chute de l’Empire américain»: un fric-frac à but social

Denys Arcand boucle une trilogie québécoise commencée dans les années 1980 avec une comédie policière dans laquelle quelques losers bastonnent le capitalisme sauvage

Pierre-Paul a pas de bol: au fond d’une banlieue peu fréquentée, il tombe au milieu d’un hold-up qui tourne mal. Lot de consolation: deux sacs bourrés de dollars abandonnés sur le parking. Il s’en empare immédiatement. Mais qu’est-ce qu’un livreur de colis bien ordinaire peut faire de toutes ces piastres sans se faire pincer par les flics ni buter par la mafia? On sait depuis Un plan simple de Sam Raimi ou No Country for Old Men des frères Coen que l’argent tombé du ciel ou trouvé dans le désert a des propriétaires, et que ceux-ci sont rarement sympathiques.

Denys Arcand a connu un énorme succès avec Le déclin de l’Empire américain (1986), dans lequel une poignée d’universitaires bavardent à en perdre le souffle sur les choses du sexe, suivi des Invasions barbares (2003), où les mêmes se retrouvent au chevet d’un ami mourant pour blablater jusqu’à épuisement. On apprend aujourd’hui que ces deux comédies de mœurs prolixes étaient les prémisses d’une trilogie, que le réalisateur québécois boucle avec La chute de l’Empire américain, un polar humoristique fort bien mené – et heureusement sans lien avec les premiers films, hormis le comédien Rémy Girard.

Chute imminente

Bien mal acquis ne profite jamais: Pierre-Paul va s’ingénier à invalider le proverbe. Il s’allie à un repris de justice qui a mis à profit ses années de prison pour prendre des cours d’économie, à une call-girl comptant parmi ses clients un spécialiste de l’optimisation fiscale, et encore à une employée de banque qui ne se sent aucune loyauté envers un établissement dont le patron gagne 257 fois plus qu’elle… Assisté de quelques bras cassés et floués du système, la fine équipe se livre à un savant montage financier.

Le film de Denys Arcand illustre la conjoncture québécoise telle que la chantait Robert Charlebois: «Vivre en ce pays C’est la violence, la répression La loi du plus fort qui l’emporte encore». Le cynisme règne («L’argent fait le bonheur, c’est le secret le mieux gardé du monde», se réjouit un financier) et chaque plan sur les rues de Montréal montre des SDF. La chute est imminente.


«La chute de l’Empire américain» de Denys Arcand (Canada, 2018), avec Alexandre Landry, Rémy Girard, Maripier Morin, 2h07. Lire aussi cette revue de presse: Après le déclin, voici «La chute [finale] de l’empire américain» (15.02.2019)

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