L'hommage et la rétrospective ont quelque chose de funèbre pour bien des artistes. Pas pour Clint Eastwood, qui doit se réjouir de l'accueil que lui réservent Venise, puis Deauville ce week-end. Car son œuvre est, profondément et depuis toujours, construite sur l'empreinte du passé. Il n'a cessé de jouer les revenants, les cavaliers fantômes (The Pale Rider) ou les vengeurs (Josey Wales, hors-la-loi). De même qu'il a toujours choisi des rôles et des films qui exploitent, strictement sinon en d'infimes variations, l'icône qu'il est devenu aux yeux du public. Eastwood n'est pas du genre transformiste: il fait des films d'après l'image que les gens ont de lui, y glisse simplement des notes personnelles (le temps qui passe, le jazz, la haine de l'autorité, la paternité).

Son magnifique Space Cowboys le cueille dans un garage. Son personnage, Frank Corvin, ingénieur de la NASA à la retraite, tente péniblement de réparer la porte électrique tandis qu'un poste de radio diffuse un standard jazzy. Un vieux loup dans sa tanière que l'Etat vient déranger: un gigantesque satellite russe nommé Ikon – tiens donc, après le sous-marin Koursk et la tour d'Ostankino – ne répond plus et menace la Terre. Corvin en a conçu le système de guidage et lui seul peut en réparer les rouages jugés «préhistoriques» par les techniciens d'aujourd'hui. Privé d'un vol spatial trente ans plus tôt et encore vexé qu'un singe lui ait alors été préféré, Frank Corvin voit là une belle occasion de reconstituer son équipe d'alors.

Coups de gueule contre son ancien chef, retrouvailles des camarades vétérans, entraînement physique des vieilles badernes et mission dans l'espace: Space Cowboys suit le schéma carré, classique, «préhistorique», du genre. Et le dynamite de nonchalance et d'autodérision: Eastwood, Sutherland, Garner et Tommy Lee Jones comparent leurs vieux restes devant une infirmière amusée, truquent les tests, offrent des bouillies pour bébés aux jeunes astronautes ou draguent pathétiquement dans un bar où Jones dénonce à la serveuse le «cul ramollo et les poignées d'amour grandes comme le Nebraska» d'Eastwood.

Mais, tandis qu'il s'achève sur l'une des images les plus fortes qui aient été filmées, Space Cowboys dépasse la pantalonnade gériatrique. Il honore le cinéma classique, l'esprit des anciens, les rêves de gosses, qui ne s'évanouissent pas avec les rides. Le tout avec cet équilibre unique de candeur et de simplicité franches du collier qui sont la signature d'Eastwood. Un ton qui évite la naïveté infantile des vingt ou trente derniers films de science-fiction et évacue les dangers réacs de la nostalgie.

Space Cowboys, de Clint Eastwood (USA, 2000), avec Clint Eastwood, Donald Sutherland, Tommy Lee Jones, James Garner. Dès mercredi 6 septembre sur les écrans romands.