Macaigne massacre Molière

Cinéastes du présent Relecture scandaleusement imbécile de «Dom Juan»

Enorme partouze à l’Hôtel Lutetia. On chante la Marseillaise à poil, on fornique dans toutes les positions et toutes les configurations, on se défonce. Juan Tenorio fait la teuf. Dehors, une dénommée Elvire crie des mots d’amour; elle se fait rembarrer par un Sganarelle falstaffien et grotesque.

Vincent Macaigne propose en section Cinéastes du présent une adaptation «brutale et radicale» de la pièce de Molière. Avec la provocation pour seul but, sa relecture s’avère d’une bêtise insoutenable. D’un chef-d’œuvre, l’hom­me de théâtre tire une gesticulation bruyante et grossière. Des personnages, il fait une ribambelle de vains pantins priapiques. Elaguant sans vergogne le texte, il multiplie les outrages. Don Juan apparaît travesti. Pierrot termine les stances du dépit amoureux en s’astiquant la tige tel un bonobo en rut. La scène sublime dans laquelle Don Juan propose l’aumône à un pauvre s’il blasphème inspire à Macaigne une idée extrêmement subtile: le suborneur pisse sur un crucifix!

Charisme d’une endive

Dans le rôle de Don Juan, Loïc Corbery, de la Comédie française, vu au cinéma dans Pas son genre de Lucas Belvaux, ne fait pas du tout «grand seigneur, méchant hom­me», juste freluquet lubrique avec le charisme d’une endive, gosse odieux narcissique – il frétille du zizi devant un portrait géant de lui-même – arborant de faux tatouages nihilistes. Il gueule et bredouille avec tant d’intensité qu’il faut, c’est un comble, se référer aux sous-titres pour comprendre!

Partie congrue de cet affront turgescent, le verbe de Molière en constitue aussi la seule valeur avec, naturellement quelques extraits du Don Giovanni de Mozart. A la fin de l’Acte III, Juan met d’ailleurs le disque, danse et se cogne la tête comme Alex dans Orange mécanique quand on lui impose la 9e de Ludwig van.

Comédie de l’impiété châtiée, Dom Juan perd tout sens entre les pognes grasses de Macaigne: la transgression de l’ordre divin n’a pas de place dans la banalité d’une vie d’orgie infinie. D’ailleurs, la statue du Commandeur ne se dérange pas pour précipiter l’im­pudent en enfer. C’est Sganarelle qui, dernier gage de bêtise, s’en charge. Il injecte à son maître un sérum de vérité (?) l’amenant à dire que «l’hypocrisie est un vice à la mode», avant de baver noir et de rendre son âme de scélérat.

Pour se réconcilier avec le mythe du «Festin de pierre», on relira Tirso de Molina, Molière et Byron. Au cinéma, on reverra le Dom Juan tourné par Marcel Bluwal pour l’ORTF avec Michel Piccoli (1965) et le Don Giovanni de Joseph Losey avec Ruggero Raimondi (1979). Et on laissera Macaigne pratiquer furieusement l’onanisme.