Entreprise risquée que celle de vouloir ressusciter un groupe de musiciens qui firent les belles heures des charts dans les années soixante et septante. Comment éviter, en effet, de basculer dans la complaisance promotionnelle ou pis, commémorative? Afin de se soustraire à l'esprit de musée, le réalisateur Paul Justman, un habitué du documentaire musical (The Doors: Live in Europe 1968, 1989, et Heavy Metal Pioneers, 1991), a souhaité s'en remettre aussi souvent que possible à l'évidence des moments musicaux. Remplaçant les Marvin Gaye et autre Smokey Robinson, ce sont les voix de Ben Harper, Meshell Ndegeocello, Bootsy Collins que l'on découvre portées par le groove des Funk Brothers, à l'occasion de concerts créés spécialement pour le film et de séances d'enregistrement réalisées dans le mythique Studio A.

Ce procédé ne convenant qu'aux vivants, Justman a choisi, à la mémoire des disparus, d'assembler photos d'archives et sons de 33 tours, s'inspirant très probablement du fabuleux Straight, no Chaser, dédié à Thelonious Monk en 1990. Ces séquences bouleversantes rendent par ailleurs bien dérisoires les nombreux témoignages intercalaires, malheureusement filmés à la manière des documentaires produits pour la télévision américaine, avec lents travellings et plans frontaux noyés de lumière artificielle.

On pourrait regretter cette absence d'engagement esthétique du réalisateur. Mais Justman a délibérément choisi de s'effacer à la faveur de son sujet, de laisser ces musiciens de l'ombre profiter seuls, pour une fois, de la lumière des projecteurs. Un égard peu commun, tout à l'honneur du réalisateur, lorsqu'on se souvient de la position prééminente de Wim Wenders face aux revenants cubains de Buena Vista Social Club.

Standing in the Shadows of Motown, documentaire de Paul Justman (USA, 2002).