«S'inscrivant dans la belle tradition d'un cinéma français de qualité, a déclaré Jacques Chirac samedi, il aura signé quelques-unes de ses grandes pages…» Il fut un temps, pas si éloigné, où cet hommage du président français aurait provoqué une polémique: «la belle tradition d'un cinéma français de qualité» était précisément ce que les jeunes auteurs de la génération de Philippe de Broca conspuaient à la fin des années 50. Sans jamais avoir été associé à la Nouvelle Vague – auprès de laquelle il avait pourtant fourbi ses armes de réalisateur comme assistant –, de Broca avait lui aussi participé à la réinvention du film hexagonal dit «de tradition». Sa cible: la comédie à la française qui n'eut plus le même rictus après son arrivée, notamment grâce à des titres comme Cartouche (1961), Les Tribulations d'un Chinois en Chine (1965), Le Diable par la queue (1968), La Poudre d'escampette (1970), Le Magnifique (1973), Le Bossu (1997) ou, pour ne citer que les meilleurs, L'Homme de Rio (1963), dont Steven Spielberg, de son propre aveu, s'était inspiré pour la dynamique des Indiana Jones. De Broca, il est vrai, prétendait posséder «un métronome dans le ventre».

Philippe de Broca est mort d'un cancer vendredi soir à l'Hôpital américain de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine). Un décès précoce, à 71 ans, qui met fin à une cavalcade d'une trentaine de films et de téléfilms. Sa dernière œuvre, l'adaptation de Vipère au poing toujours à l'affiche, lui avait permis de renouer avec le succès (déjà près d'un million de spectateurs) après une longue période d'échecs cuisants ponctués par Amazone, en 2000, où il avait pourtant redirigé son acteur fétiche après une longue brouille: Jean-Paul Belmondo. Bébel, qui déclarait samedi: «On a beaucoup ri ensemble, beaucoup déliré, parce que, pour nous, tout était prétexte à faire des farces.»

Issu de la petite aristocratie, même si, disait-il, «mes parents étaient plus artistes que petits-bourgeois», Philippe de Broca de Ferrusssac avait, d'apparence, l'élégance de sa particule. Mais d'apparence seulement, car son univers intérieur, «univers de petit garçon» selon Pierre Arditi, s'était nourri des dérisions de son grand-père, «artiste peintre plutôt bouffeur de curé», et de son père photographe. Aussi, lorsque le destin lui offre des places d'assistant réalisateur au sein de la Nouvelle Vague naissante, il préfère participer aux trois premiers films de Claude Chabrol, en qui il reconnaît sa propre mentalité de «bon viveur», ou de François Truffaut, l'ami «rieur», plutôt qu'une collaboration avec Godard, faute de goûts communs.