Cela devait être une édition «spéciale» du «19:30». C'était plus que cela. Hier soir sur la TSR1, grâce aux cinéastes suisses, le Journal télévisé a été réinventé, ou presque. A travers leur regard sur l'actualité mondiale, nationale et même sportive, Francis Reusser, Denis Rabaglia, Lionel Baier, Barthélémy Grossman ou encore Elena Hazanov sont revenus à l'origine même de ce que devrait être, dans l'idéal, un J.T.: une information qui donne à réfléchir, qui va au-delà de son sujet, qui ne se contente pas d'un commentaire factuel. Lorsque Frédéric Mermoud laisse parler les images et les témoins, sans voix off, pour évoquer les revendications des sans-papiers à Paris; lorsque Jacob Berger pose une voix inquiète sur le bilan de la tragédie du Sichuan, en Chine, et qu'il s'interroge sur les films catastrophe; lorsque Patricia Plattner superpose de belles images de valses viennoises sur le dernier drame autrichien du jour... En deux minutes, parfois moins, ils affirment chacun un style, loin des chemins académiques et formatés des écoles. Pas de simples images à digérer devant le plateau télé du soir. Mais un regard sur cet autre qui est «nous», sur une actualité qui soudain nous touche. C'est enfin une belle leçon d'images, cinématographiques ou télévisées, qu'importe, donnée par Monsieur Godard, dont le reportage pose la vraie question du cinéma: «Ce n'est pas où et pourquoi commencer un plan, c'est où et pourquoi le finir.»