Les temps sont durs pour l’Office fédéral de la culture (OFC). Après des mois de négociations politiques autour des compétences respectives de l’Office et de Pro Helvetia, voici que des producteurs caressent l’idée de lui retirer l’une de ses activités phares, l’aide au cinéma. Mercredi à Soleure, sous l’égide de l’Association des producteurs suisses SFP – l’une de celles qui ont déposé une plainte administrative contre la section cinéma de l’OFC –, des professionnels en débattaient. Une fois encore: cette hypothèse circule depuis une quinzaine d’années. Qu’importe, assure Rolf Schmid, président de la SFP: «Nous avons, maintenant, une vraie chance de pouvoir le faire.»

Les producteurs s’inspirent de structures existantes en Allemagne. Plutôt que faire partie de l’administration, le soutien à la production et la diffusion de films relèverait d’une instance ad hoc, comparable à Pro Helvetia. Avantages, selon Sven Walti, auteur d’une enquête sur ce sujet: davantage de transparence, d’indépendance, et de souplesse financière – notamment la possibilité de reporter des engagements pour des grosses productions prenant plusieurs années.

Avec, en toile de fond, le vœu de réduire «l’influence politique» attribuée au chef du département, au responsable de la section, ou au parlement dans le cas des punitions budgétaires. Sur ce point, la conseillère nationale Hildegard Fässler (PS/SG), qui juge l’idée «intéressante», rafraîchit néanmoins les ardeurs: «Dès lors que les fonds viennent de la Confédération, et sont donc soumis au débat sur le budget, cela ne change rien.»

Structures dans les régions

Si certains partisans se sentent pousser des ailes, c’est parce que des régions ont constitué leurs propres structures. A Zurich en 2008, la Zürcher Filmstiftung a versé 7,1 millions de francs en faveur de fictions et de documentaires. En terres francophones, après une première expérience, le fonds Regio, une fondation romande devrait voir le jour en juillet. Les cantons et villes concernées ont donné leur accord de principe, pour des participations au prorata du tissu local dans le domaine de l’audiovisuel: «C’est une manière de défendre le secteur régional. Sinon, les producteurs risquent de partir à Zurich», plaide le cinéaste Romed Wyder, vice-président du fonds Regio. Pour qui l’idée d’une telle fondation au plan national découle aussi «du fait que nous ne sommes pas satisfaits du fonctionnement actuel, avec l’OFC».

Réplique de l’OFC

Chef de l’Office, Jean-Frédéric Jauslin a déjà affûté son argumentaire. Une entrée en matière adoucissante – «la réflexion vaut d’être menée», «J’ai moi-même plaidé pour l’externalisation à propos du Musée national» –, puis une salve inverse. Le rappel du nombre de plaintes qui pleuvent chaque année contre les décisions de Pro Helvetia. L’évocation d’une base juridique «insuffisante». Et, dans la perspective d’années austères pour les finances publiques, l’avertissement: «Tout ce qui sera externe, éloigné, sera plus difficile à défendre. Il faut rester proche du politique.»

Les producteurs comptent préciser leur projet d’ici au mois d’août. Ils n’excluent pas de lui donner ensuite une résonance ­politique, au moyen d’une motion déposée par un député acquis à la cause.