Le troisième film de Bryan Singer marche sur des œufs en traitant de la séduction du mal à l'épreuve de la Shoah. A l'heure du politiquement correct, le projet paraît suicidaire. Seul le crédit accordé à tout sujet signé Stephen King et au réalisateur de Usual Suspects ont permis la chose. Film retors, déplaisant mais passionnant, Un élève doué a au moins deux mérites: oser douter des vertus de la pédagogie et éclairer sur la personnalité de son auteur.

Ado américain fasciné par un cours sur l'Holocauste, Todd reconnaît un jour dans la rue un ancien officier d'un camp de concentration qu'il avait repéré sur une image d'archives. Plutôt que de le dénoncer, il fait chanter le vieil homme pour qu'il lui raconte dans le détail ce qu'on leur a pudiquement caché à l'école. Après plusieurs retournements de situation, l'apprenti sorcier va se révéler digne héritier de son maître. Conclusion: le nazisme n'a pas été éradiqué, le mal qui l'a libéré est encore là, à l'état endémique.

La question du mal, fil rouge qui traverse les trois films de Bryan Singer, se révèle ici liée de manière assez troublante à l'homosexualité, thème plus suggéré qu'apparent dans Public Access et Usual Suspects. Le nazisme aurait-il donc à voir avec l'homosexualité réprimée? La remise en question de parents trop «normaux», la figure positive d'un professeur homosexuel et le regard du cinéaste, qui a le mérite d'être clair quant à l'objet masculin de son désir, achèvent de rendre la question complexe. A n'en pas douter, Singer est un cinéaste intelligent. Mais comme dans son film précédent, il échoue à force de jouer au plus malin. Style maniéré et lumière mordorée, il use trop des trucs de la fascination pour être vraiment honnête.

N. C.

Un élève doué, (USA 1998), de Bryan Singer, avec Brad Renfro, Ian McKellen, David Schwimmer, Bruce Davison…