Le cinéma équatorien ne compte que 18 longs métrages dans toute son histoire. Des multiplexes diffusent bien les blockbusters hollywoodiens, mais la production locale commence à peine son éclosion. Tania Hermida, qui signe l'émouvant Que tan lejos (Si loin), tente depuis les années 90 d'éveiller son pays à cette nouvelle forme d'art. Un défi récompensé: son road-movie est un succès international. On y suit le voyage initiatique de Tristesa et Esperanza qui, comme dans L'Odyssée, rêvent d'un ailleurs meilleur. Une pérégrination dont le but importe moins que le chemin.

Le Temps: Votre film est le dix-huitième de toute l'histoire du cinéma équatorien. Comment expliquer cela?

Tania Hermida: Les Equatoriens n'ont jamais envisagé le cinéma comme un art et encore moins comme quelque chose qu'ils pouvaient faire eux-mêmes. Jusqu'à présent, seuls les films hollywoodiens de divertissement étaient programmés dans les cinémas. Mais en dix ans, ma génération a accompli une transformation complète.

- Par quels moyens?

- Nous sommes nombreux à être partis à l'étranger pour étudier. Lorsque nous sommes revenus dans les années 90, nous avons commencé à penser qu'il était possible de réaliser nos propres films. On a lancé un collectif de courts-métrages et j'ai monté ma maison de production. En voyant mes films, beaucoup de gens ont senti que le cinéma pouvait être un art à part entière. Deux festivals de films ont été créés, un nouveau public, intéressé, jeune, a émergé et peut enfin voir des films indépendants qui représentent souvent une métaphore de ce qu'on vit chez nous. Il y a de plus en plus de gens qui créent des cinémas itinérants. Je crois en un effort collectif qui portera in fine le cinéma dans tout le pays.

- Un tel changement doit apporter de nouvelles perspectives pour la société en général...

- Avant, nous étions gouvernés par une droite populiste et conservatrice. Depuis les années 90, on voit émerger des mouvements de femmes, l'écologie, l'émancipation sexuelle... La société civile fait entendre sa voix, désormais: on assiste à une renaissance des idées politiques. Dans Que tan lejos, je tente de montrer un Equateur qui se redécouvre et qui doit assumer son passé. Je suis optimiste sur son avenir.

Filmar en América latina, jusqu'au 23 novembre. http://www.filmaramlat.chQue tan lejos, de Tania Hermida. 1h32. Lundi 17, 18h, cinéma Voltaire, Ferney-Voltaire.