A tant de produits survendus, style En pleine tempête, Mission: impossible 2 et The Patriot, pourquoi ne pas préférer Jackie Chan? De tous les talents de Hongkong qui se sont transférés aux Etats-Unis au moment de la rétrocession de la colonie, il est celui qui est passé le plus inaperçu. Sans doute parce que trop visible et que – peu importe son cadre de travail – on sait bien que la star ne changera plus. La nouveauté de Shanghai Kid (en anglais Shanghai Noon, titre gag en souvenir de High Noon, alias Le Train sifflera trois fois), c'est que, vingt ans après une première tentative infructueuse, Chan est enfin parvenu à traduire son style de comédie d'action en termes hollywoodiens. Avec un western. Il suffisait d'y penser.

Fan du genre depuis toujours, notre homme n'allait pas gâcher l'occasion de sa vie pour lui rendre hommage. Une occasion gagnée grâce au succès public de Rush Hour, film policier de série B où Chan a au moins appris une chose: qu'il devait s'adjoindre un comédien du cru pour pallier son manque d'aptitudes sur le plan verbal. Là le Black Chris Tucker, ici le Blanc Owen Wilson – révélation du film dans le rôle d'un hors-la-loi séducteur et gaffeur. Non seulement le duo fonctionne à merveille, mais tout le monde s'est visiblement fait plaisir, du jeune réalisateur Tom Dey au musicien Randy Edelman. Alors forcément, c'est contagieux.

Le scénario déjà est astucieux: après l'enlèvement de la princesse impériale Pei Pei, Chon Wang, un garde de la Cité interdite, n'écoute que son cœur pour suivre les ravisseurs jusqu'en Amérique. Sa route y croise celles de Roy O'Bannon, hors-la-loi intéressé par l'or de la rançon, d'une Indienne qu'il se voit forcé d'épouser, d'un shérif impitoyable et du renégat Lo Fong, exploiteur des ouvriers chinois de la voie ferrée. En remontant ainsi aux origines du melting-pot américain, les auteurs ont trouvé l'occasion d'un métissage savoureux: la comédie emprunte joyeusement au western classique et au western spaghetti comme au cinéma de kung-fu, dans un équilibre assez miraculeux.

Bien sûr, Jackie Chan ne prend plus autant de risques que dans sa prime jeunesse, mais son inventivité chorégraphique et ses prouesses physiques restent époustouflantes. Ici, grâce à un humour plus sophistiqué que de coutume et des moyens conséquents, l'écrin paraît enfin assorti au diamant. Après tant de films supposés populaires qui se moquent du spectateur, on aurait vraiment tort de bouder son plaisir!

Shanghai Kid, de Tom Dey (USA, 2000), avec Jackie Chan, Owen Wilson, Lucy Liu, Roger Yuan, Xander Berkeley.