Cinéma

Au cinéma, Johnny prenait plutôt bien la lumière

Le rock’n’roll fait bon ménage avec le cinéma. De Godard à Johnnie To, le chanteur a eu une carrière honorable devant la caméra

Le premier contact de Johnny Hallyday avec le cinéma est modeste. Dans Les Diaboliques (1954), de Clouzot, il est un des élèves du collège dirigé par l’inquiétant Paul Meurisse. L’aventure commence véritablement en 1963 sous le soleil de Camargue. Dans D’où viens-tu Johnny? de Noël Howard, un western français capitalisant le succès du chanteur sur le modèle des films américains faits sur-mesure pour Elvis Presley. L’idole des jeunes est Johnny Rivière qui, fuyant la pègre parisienne, trouve refuge chez les gardians et pousse la chansonnette entre deux bagarres.

Après quelques bluettes du même tonneau, il joue dans un vrai western, enfin un western italien, Le Spécialiste, de Sergio Corbucci, et un polar, Point de chute, de Robert Hossein, et trace son chemin bon an mal an dans le cinéma français. La petite quarantaine de films dans lesquels il a eu un rôle comporte son lot de navets (Le Jour se lève et les conneries commencent, La Gamine, Wanted), dont l’effarant Terminus, un monstrueux nanar de science-fiction mad maxienne…

Loubard énigmatique

Sa carrière fait d’intéressants virages. Dans les années 1980, il collabore avec Godard (Détective) ou Costa-Gavras (Conseil de famille). Les deux réalisateurs saluent le potentiel dramatique du chanteur; le public ricane. Déstabilisé, Johnny s’en retourne gratter sa guitare. Souvent, il incarne des personnages qui lui ressemblent ou ressemblent à l’image de rocker ombrageux qu’il veut donner de lui. Ainsi, dans L’Homme du train (2002), de Patrice Leconte, il est un loubard énigmatique frotté aux embrouilles de la vie qui noue une belle amitié d’automne avec un prof de littérature confit dans la flanelle (Jean Rochefort). Il a aussi été David Lansky, le flic eastwoodien d’une série policière qui n’a duré qu’une saison, et un tueur amnésique chez Johnnie To, dans Vengeance, hommage explosif à Jean-Pierre Melville.

Artisan de sa propre mythologie, il a fréquemment été lui-même, l’idole des jeunes, l’incarnation du rock’n’roll français dans des films exploitant son image au premier ou au second degré: Cherchez l’idole (ah que Johnny, des bandits ont caché dans sa guitare les bijoux volés à Mylène Demongeot), Les Poneyttes, 13 Jours en France (ah que Johnny a assisté aux JO de Grenoble), Paparazzi (ah que Johnny est traqué par les photographes), Mischka, Starko (ah que Johnny, il a voté pour Sarkozy), Rock’n’roll (ah que Johnny, y a Lætitia qui l’empêche de boire et de fumer comme il sied à un rocker)…

Dernière séance

Dans L’Aventure c’est l’aventure, de Claude Lelouch, des malfrats ont l’idée de kidnapper des personnalités comme Paul VI ou Johnny, puis de demander aux ouailles et aux fans de payer la rançon (1 FF par tête de pipe, ça finit par faire un beau magot…). Le même Lelouch a donné à Johnny le rôle-titre de Salaud, on t’aime: un riche photographe qui recompose sa famille dans son chalet de luxe, s’offre une dernière séance de télé (Rio Bravo) avec son pote Eddy Mitchell et finit par se réincarner en aigle.

Son plus grand rôle au cinéma restera le sien dans une étonnante uchronie, Jean-Philippe, de Laurent Tuel. Fabrice Luchini échoue dans une dimension parallèle, un monde semblable en tout point avec celui dans lequel Johnny remplit le Stade de France, sauf que le chanteur a raté son rendez-vous avec la gloire et que, resté Jean-Philippe Smet, il végète dans un bowling de province. Désespéré, le comédien, grand fan à la ville comme à l’écran, va s’ingénier à rallumer le feu et à ramener l’égaré à sa place: au pinacle de la gloire. Johnny Hallyday s’appropriant «Quelque chose de Tennessee» sur sa guitare pour recouvrer son identité est incontestablement émouvant. Ce film malin capte une ombre que mille chansons n’ont pas toujours su exprimer.

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