Un souriceau nommé Roddy St. James, propriété choyée d'une petite fille gâtée de Kensington, est malheureusement évacué dans les toilettes. Il découvre alors le monde merveilleux et pestilent des égouts. En compagnie de la jolie souris Rita, il est surtout amené à déjouer les plans d'un maléfique crapaud et de sa bande de rats. Beaucoup plus drôle et soigné que Casino Royale, Souris City est le meilleur James Bond depuis longtemps. British jusqu'au bout du nœud pap', gavé aux clins d'œil référentiels, il s'agit du premier film d'animation numérique signé par les studios Aardman.

Et ça se voit. Dans la rapidité de la narration. Dans l'humour ravageur et européen. Dans la silhouette des personnages, surtout, qui semblent avoir été profilée par Nick Park, le papa de Wallace et Gromit. C'est le premier plaisir prodigué par Souris City.

Le second tient dans cette dérision effrontée qui se moque aussi vertement de la Perfide Albion que de la France (à travers les savoureuses grenouilles menées par la voix de Jean Reno). Après la déception de l'interminable et nostalgique Cars de John Lasseter, Aardman propose le meilleur film en images de synthèse depuis que tous ses concurrents ont été frappés de paresse (lire encadré ci-contre). Finie la patience incroyable de la pâte à modeler filmée image par image: la compagnie a choisi de numériser ses talents. Et elle ne réduit en rien son niveau ni son enthousiasme. Même si l'artisanat de la plasticine possède un charme que les pixels n'égaleront jamais.

Souris City (Flushed Away),animation de David Bowers et Sam Fell (GB, USA 2006), avec les voix, en v.o., de Hugh Jackman, Kate Winslet et, en français, de Lambert Wilson, Emma de Caunes. 1h35.