Encore une adaptation française d'Agatha Christie? Oui, mais un «hors série», puisqu'elle n'est pas signée Pascal Thomas, le principal artisan de la résurrection inattendue de la romancière (Mon petit doigt m'a dit, L'Heure zéro et bientôt Le Crime est notre affaire), mais Pascal Bonitzer. D'où un divertissement typiquement agréable et désuet, inspiré d'un roman mineur de la dame (Le Vallon/The Hollow, 1946), mais qui présente un intérêt «auteuriste» supplémentaire pour le cinéphile averti.

On pouvait en effet se demander dans quelle mesure Bonitzer, ancien critique (lacanien) aux Cahiers du cinéma devenu scénariste puis réalisateur, allait dévier ou non de sa ligne en acceptant sa première commande d'un producteur. La réponse se trouve déjà dans le titre, emprunté à un Hitchcock mineur (Le Grand Alibi/Stage Fright, au fameux flash-back menteur): tout ceci n'est qu'un prétexte. Et ce cinéaste obsessionnel, qui refait toujours plus ou moins le même film (Encore, Rien sur Robert, Petites coupures, Je pense à vous) de signer un whodunit (mystère ludique où il s'agit de deviner «qui l'a fait») en trompe-l'œil.

Qui a tué le psy?

On connaît la recette du genre: un groupe de personnes réunies dans une belle demeure, un meurtre et une enquête durant laquelle presque tout le monde pourra être tenu pour suspect. Qui a donc assassiné le psychiatre Pierre Collier, par ailleurs fameux coureur de jupons? Sa femme, retrouvée un pistolet en main? Sa maîtresse, une sculptrice? Son rival malchanceux, romancier en panne? Leurs hôtes, un sénateur et sa femme? Ou bien une invitée surprise, une actrice italienne, ancienne maîtresse de Pierre?

En éliminant de l'affaire l'encombrant Hercule Poirot, Bonitzer peut se concentrer sur ce qui l'intéresse vraiment: l'antagonisme entre le psy (à succès) et l'artiste (raté). On devine aussi le motif de la mémoire - ses trous, ses retours inopinés -, le tout se terminant par une partie de cache-cache sur les toits plutôt qu'autour d'une tasse de thé empoisonnée, comme dans le roman.

Malheureusement, entre Resnais «light» et Hitchcock mollasson, tout ceci ne provoque guère de vertige. Et à peine le sourire. On y retrouve surtout l'habituel autoportrait fantasmé de Bonitzer, avec Mathieu Demy en amant lamentable qui pourtant les tombe toutes - un alter ego dans la lignée de Jackie Berroyer, Fabrice Luchini, Daniel Auteuil et Edouard Baer dans les films précédents. Bref, dans ce whodunit transformé en «cherchez l'auteur», c'est encore une fois les femmes, magnifiques objets d'un désir masculin indigne, qui retiennent l'attention.

Le Grand Alibi, de Pascal Bonitzer (France-Italie 2008), avec Mathieu Demy, Lambert Wilson, Valeria Bruni-Tedeschi, Caterina Murino, Anne Consigny, Miou-Miou, Pierre Arditi, Céline Sallette.1h33