La satire est un genre délicat: toujours trop facile et sans cœur pour les uns, jamais assez outrée et cruelle pour les autres. D'où sans doute l'échec d'American Dreamz auprès de la critique et du public américains, directement visés. Sans être totalement réussie, cette tentative de «satire globale», qui rassemble dans un même filet certaines dérives politiques, médiatiques et morales du moment, offre pourtant l'un des spectacles les plus réjouissants qu'on ait vus récemment! Ni plus ni moins.

Imaginez un peu: un président américain qui se réveille au lendemain de sa réélection avec une soudaine envie de lire les journaux et découvre que le monde n'est pas en noir et blanc; son chef d'Etat-major qui s'en inquiète et le place comme juré d'une émission de téléréalité style Star Ac'pour remonter dans les sondages; l'animateur-vedette de ladite émission qui trouve l'âme sœur à son cynisme chez une jeune arriviste prête à tout pour l'emporter; un terroriste arabe qui atterrit par hasard dans ladite émission et reçoit l'ordre de parvenir en finale pour se faire exploser en direct avec le président...

Toute ressemblance avec certains protagonistes de la scène politico-médiatique actuelle ne saurait bien sûr être fortuite. Ainsi Dennis Quaid parodie-t-il George Bush, Willem Dafoe compose-t-il un mélange de Dick Cheney et Karl Rove, tandis que Hugh Grant s'inspire de Simon Cowell, l'animateur britannique d'American Idol. Paul Weitz resterait-il trop gentil, en particulier avec un président pas précisément porté sur la remise en question? Peut-être. De même que son maître de marionnettes paraît trop seul (mais où est donc le pouvoir économique?), son camp d'entraînement d'Al-Qaida trop californien, et on en passe. Mais pour l'essentiel, son film fait mouche, surtout grâce à ses dialogues acérés.

Conformiste mais efficace

Grand admirateur de Billy Wilder, l'auteur de En Bonne Compagnie (et d'American Pie, Les Pieds sur terre et Pour Un Garçon, avec son frère Chris) cherche encore le bon équilibre entre cynisme et romantisme. Propulsé ici dans la compagnie de Docteur Folamour (Kubrick), Un Crime dans la tête (Frankenheimer) et de Meurtres en direct (Brooks), il manque encore plus décisivement de détachement. Et sa réalisation, très plan-plan, reste à la traîne. C'est sans doute là qu'American Dreamz manque l'occasion de se placer au-dessus du lot et de devenir une comédie de référence.

Il n'empêche que sa satire va droit au but. La grande politique n'est-elle pas devenue ce grand show qui se joue avant tout à la TV? De plus en plus difficile à distinguer d'une téléréalité qui vend du rêve et du suspense frelatés? Et puis, que serait le nouveau terrorisme islamiste sans l'image? De là à imaginer un assassinat en direct, il n'y a donc réellement qu'un pas.

Le cinéaste désamorcera-t-il sa bombe, ciblera-t-il ses victimes, ou bien osera-t-il une fin apocalyptique? C'est tout le suspense du film, qu'on se gardera bien de dévoiler. L'essentiel est de savoir que, satisfait ou non, un public européen devrait être nettement plus client de ces «rêves américains», désormais à peine dignes d'une série Z.

American Dreamz, de Paul Weitz (USA 2006), avec Hugh Grant, Dennis Quaid, Mandy Moore, Willem Dafoe, Marcia Gay Harden, Chris Klein, Sam Golzari. 1h47