Le cinéma du mercredi. Comédie anglaise en Emmental

«Les Mamies font pas dans la dentelle», mais leur jeune réalisatrice, oui!.

Les Mamies font pas dans la dentelle. Pourquoi pas Les Petites Culottes se ramassent à la pelle ou Le Troisième Age à soutien-gorge déployé? D'autant que, derrière cet épouvantable titre français, la comédie (on l'aura compris) Die Herbstzeitlosen n'a rien d'une gaudriole franchouillarde tels ces merveilleux titres des années 70 qu'étaient Arrête de ramer, t'es sur le sable ou Debout les crabes, la mer monte. S'il avait vraiment fallu relier sa jolie comédie alémanique (et si elle avait pu choisir un intitulé francophone à la place de son distributeur Buena Vista, mais elle n'a pas eu son mot à dire), la Zurichoise Bettina Oberli se serait sans doute inspirée du cinéma anglais.

Die Herbstzeitlosen (oublions le titre français) rappelle en effet à bien des égards des comédies comme Saving Grace de Nigel Cole (mamie, veuve, cultive du cannabis) ou Calendar Girls du même Nigel Cole (les mamies posent nues pour un calendrier).

Saving Martha aurait fait l'affaire. Die Herbstzeitlosen raconte en effet comment, dans le village conservateur de Trub, en Emmental, la veuve octogénaire Martha décide de soigner son blues en reprenant la passion qu'elle avait abandonnée à son mariage des décennies plus tôt: la confection de sous-vêtements. Ses amies Lisi, Hanni et Frieda l'aident à mener son rêve à bien. Et à résister à la pression des villageois choqués par si peu, eux qui ont élu un maire vaguement UDC, à commencer par le propre fils de Martha qui rêvait plutôt de transformer le magasin familial en local de répétition pour sa chorale religieuse.

Stephanie Glaser plébiscitée

Conçu à l'origine comme un téléfilm, Die Herbstzeitlosen échappe au concassage petit écran grâce à plusieurs éléments marquants. D'abord, après que le film eut été vu par Buena Vista, la filiale de Disney a décidé de l'accompagner dans les salles, une avant-première sur la Piazza Grande de Locarno, en août dernier, qui restera dans les mémoires. Pour la première fois en plusieurs décennies, une actrice, Stephanie Glaser, électrique et attendrissante interprète de Martha, 87 ans dont plus de soixante de carrière, avait été littéralement portée en triomphe par le public à l'issue de la projection. Les raisons de ce plébiscite, qui a assis sa réputation ensuite, sont simples: la qualité de l'interprétation (Stephanie Glaser, mais aussi, dans le rôle de son fils bigot, l'ineffable Hanspeter Müller-Drossaart, ex-Mario Corti dans Grounding); et une mise en scène solide, utilitaire, et assez fine pour ne pas bouder son plaisir en faisant la fine bouche.

Les Mamies font pas dans la dentelle (Die Herbstzeitlosen),de Bettina Oberli (Suisse 2006), avec Stephanie Glaser, Hanspeter Müller-Drossaart, Heidi Maria Glössner, Lilian Naef. 1h26.

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