Jerry (Shia LaBeouf) est un jeune Américain oisif et décontracté, un roi de la débrouille qui gagne sa vie en plumant ses amis, éternels étudiants comme lui, dans des parties de poker. Bref, l'archétype du héros hollywoodien depuis vingt ans. Le jour où son frère jumeau, soldat américain modèle décédé dans un accident de la route, est enterré, Jerry est poussé à grandir enfin. Accusé d'activités terroristes, il est pris dans un engrenage machiavélique: manipulé par une voix féminine qui parvient à le joindre sur n'importe quel téléphone et semble maîtriser tout le réseau électronique, des feux de signalisation aux enseignes des buildings, il doit accomplir une suite d'épreuves tout en s'accommodant avec une jeune mère de famille prise dans la même tourmente (Michelle Monaghan) et en échappant à un agent du FBI coriace (Billy Bob Thornton).

Mieux vaut ne pas déflorer le fin mot de cette histoire: greffée sur la paranoïa actuelle en matière de protection des données et de technologies militaires dernier cri, elle réchauffe à la sauce pop-corn des motifs développés par Stanley Kubrick dans 2001, l'Odyssée de l'espace il y a exactement trente ans et par Francis Ford Coppola dans Conversation secrète il y a trente-cinq ans, sans rien lui apporter de nouveau. Ce serait trop demander à ce petit thriller, produit de série destiné à asseoir, après son rôle dans Indiana Jones 4, la position star du frais Shia LaBeouf. Il n'est donc pas étonnant d'y retrouver, aux commandes le réalisateur D. J. Caruso, ténor de la série B à suspense. Dans son rôle d'exécutant, celui-ci fait toujours un peu mieux que tâcheronner. Car il semble avoir des lettres: admirateur d'Alfred Hitchcock, il s'amuse avec la course-poursuite d'un faux coupable façon La Mort aux trousses comme il s'était amusé, l'an dernier et avec Shia LaBeouf déjà dans Paranoiak, à rendre hommage à Fenêtre sur cour. Garant du style tape-à-l'œil attendu par les studios, D. J. Caruso n'arrive pas à la cheville de ses modèles. Mais il a au moins la dignité de s'en tenir à une certaine efficacité, sans en rajouter. Tape-à-l'œil mais pas m'as-tu-vu.

L'œil du mal (Eagle Eye), de D. J. Caruso (USA 2008), avec Shia LaBeouf, Michelle Monaghan, Billy Bob Thornton, Rosario Dawson, Ethan Embry, William Sadler. 1h54.